
Reminiscence sous forme de thrash/death metal technique pour Miscreance
Publié le 25 Août 2026 par Eddy H. Chavaudret

Les techniciens italiens du thrash/death metal de Miscreance inventent un nouvel univers avec Reminiscence.
Souvenirs d’une dizaine d’années

À l’origine, Miscreance se nommait Atomic Massacre. Le trio d’adolescents vénitiens d’une quinzaine d’années Emiliano Zinà (basse et voix), Andrea Feltrin (batterie) et Tommaso Cappelletti (guitare et backing vocals) forme ce groupe de thrash traditionnel en 2013. Il sort une démo éponyme l’année suivante ainsi que l’EP Dark Sadistic Path en 2016. D’autres musiciens se joignent à eux entre 2016 et 2018 dont Andrea Granauro à la guitare et Gregorio Bitossi à la voix principale qui sont tous les cinq dans la première mouture de 2018 de Miscreance.
Le quintet enregistre la démo From Awareness to Creation la même année en 100 cassettes avec Red Wine Rites Records. Dès cette réalisation, le groupe emprunte le chemin du old school technical thrash/death metal à la Death et Coroner qu’on connaît aujourd’hui. En 2021, Andrea Feltrin prend le relais buccal tout en continuant de frapper à toute vitesse ses tambours sur le split avec Vile Apparition. Moins d’un an après, en 2022, le band sort son premier album, Convergence, à l’aide du label Season of Mist. C’est cet album qui les fait connaître davantage à l’international.
Nouveauté antique

Après l’album Convergence, Emiliano laisse sa place à Jean-Claude Rossignol. Le quatuor a travaillé avec Marino De Angeli du Majestic Studio pour la production, le mixage et le mastering ainsi qu’avec Bridge Produzioni Audio pour l’enregistrement de Reminiscence. La pochette est une interprétation moderne des fresques de l’âge de pierre créé par l’artiste iranien Mona Shiraz. Leo Di Angilla a aussi enrichi le son de l’album en y ajoutant des percussions, du didgeridoo, de la flûte et du berimbau.
Tous ses instruments tribaux permettent une immersion plus profonde dans le concept de l’album. Comme mentionné par le nouveau bassiste, celui-ci consiste en l’exploration d’« un monde inconnu autant futuriste qu’extrêmement primitif ». Entre une langue complètement étrangère, une capacité télépathique ou encore des envies meurtrières et luxurieuses de prédateur, Miscreance nous fait découvrir les habitants d’un univers auparavant inexistant.
Critique d’un univers sonore inconnu
1. Miscreance débute son album avec les tambours tribaux de Trait d’Union. Cette courte introduction mène au premier riff thrash qui s’accélère rapidement. La voix du batteur, similaire à celle de la défunte légende Chuck Schuldiner de Death, est ensuite révélée. Ses paroles introduisent le monde créé par les Italiens par ce qui semble être un rituel. Ils ont même nommé des personnages fictifs tels qu’Astride Anuhihna, le chef de la tribu.
2. Le son de la basse sur Vision est magnifiquement grave. Comme le titre l’indique, le groupe explore sur cette chanson les visions et hallucinations du peuple inconnu. Le refrain l’évoque aussi bien par les mots que par le son. La ligne « Revelations absorbed by the forest’s gifts » est particulièrement bien articulée. Suivant le deuxième refrain, les mots chantés comme provenant du ciel et la musique sont envoûtants.
3. Scalp Ceremony est le premier single de l’album; et avec raison ! Avec une vidéo filmée comme dans les années 80, probablement la meilleure utilisation de flûte sur un album metal et les percussions de la fin, cette chanson fait un parfait parallèle entre le thrash old school et le death progressif.
4. Après un début relativement tranquille, soyez rassurés si vous ne comprenez pas tout ce qu’Andrea Feltrin chante dans Synaptic Cortex Dissection. Le groupe commence à incorporer quelques néologismes provenant du langage de leur monde lointain. Peut-être serez-vous aussi surpris que moi lorsque vous entendrez la mélodie de 1min15 sûrement jouée sur un berimbau. Plus tard, une invasion de notes de guitare crée un magnifique solo.
5. Oracle’s Rift commence directement par un bon riff bien grave et les premiers mots sont déjà prononcés. Dès le deuxième couplet terminé, un premier solo est lancé avant même 40 secondes ! Pour clore ce single, un second solo très mélodique aux notes longuement tenues est entamé par les guitaristes.
6. C’est dans le titre le plus court, The Moaning Hill, que le band a inséré dans les paroles le plus de mots de la langue qu’ils ont créée en écrivant un couplet complet. Après celui-ci s’ensuit un moment un peu étrange où la guitare semble crier et perdre son souffle comme les victimes agressées par le peuple imaginé par Miscreance.
7. Un ingénieux drum fill nous plonge dans le liquide amniotique de Symbiosis, le titre de la renaissance et de la réminiscence. Les quelques mots répétés en écho ainsi que l’interlude doux juste avant le début de la deuxième minute qui réintroduit un riff novateur au berimbau représentent parfaitement l’idée du déjà vu.
8. Le retour des tambours tribaux en introduction mêlé avec la guitare qui joue des notes allongées mène au titre le plus agressif de l’album : Zenith of a Dying Sun. Cette violence annonce la fin du monde englouti par le soleil brûlant qui déforme les sons. Le contraste avec les quelques lignes chantées et les moments plus lents permet un plus grand impact avec le reste de la musique. « Through the darkness, life rejoins / […] / Through brightness, death rejoins. »
9. Tel un Mirage, une intro clean résonnante ouvre le bal des riffs tonitruants et rapides. En arrière plan, on peut parfois entendre la voix de M. Feltrin et une autre plus féminine. Malgré cela, aucune parole ne peut être comprise. Ce n’est cependant pas un désagrément puisque ses bruits vocaux se transforment en un instrument supplémentaire à cette symphonie chaotique qui se termine similairement à la manière dont elle a débuté.

Cet album est un clair chef-d’œuvre musical et créatif de la part de Miscreance. Non seulement ces Italiens ont créé un univers complètement nouveau, mais ils ont aussi innové le thrash et le death metal avec leurs riffs diversifiés et l’utilisation inattendue d’instruments tribaux. Je pense que Reminiscence va faire avancer Miscreance jusque dans le peloton des pointures de leur genre. Espérons-le afin que le groupe traverse l’océan Atlantique pour une tournée québéco-canadienne sous peu !
Merci à Will de Season of Mist de m’avoir fait découvrir ce super groupe et de m’avoir permis d’écrire cet article.
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Crédits :
Rédaction : Eddy H. Chavaudret
Correction : Camille Charlebois
Révision : Marie-Eve Landry
