
Dérives sonores : Vulgaires Machins – Contempler l’abîme (critique)
Publié le 10 Déc 2025 par Maxime Isabelle

Le 18 septembre dernier, nous apprenions que Vulgaires Machins allait présenter un nouvel album le 14 novembre, intitulé Contempler l’abîme. Une excellente nouvelle pour conclure cette année qui, avouons-le, a été particulièrement singulière à plusieurs niveaux. Les sujets de société ne manquent pas pour nourrir l’inspiration de Guillaume Beauregard (guitare et voix), Marie-Ève Roy (guitare, voix et piano), Maxime Beauregard (basse) et Pat Sayers (batterie).

Pour ce nouvel opus, le groupe s’est une fois de plus associé à Gus Van Go, collaborateur fidèle depuis l’album Compter les corps. Ils ont également travaillé avec l’orchestre symphonique de Budapest pour les parties orchestrales de l’album. Quant à la pochette, la photo de couverture est l’œuvre de Renaud Philippe. J’adore ce qu’apporte cette image. Elle traduit bien les messages véhiculés dans l’album. On y voit un conducteur en train de faire le signe du diable dans un nuage de fumée. L’interprétation est libre, mais j’y perçois un sentiment d’abandon, on se dit : « À quoi bon tous ces efforts, je brûle de l’essence et des pneus, et fuck it ! »
Première partie
L’album débute avec Terminé le fun. La pièce commence avec voix et guitare, auxquelles s’ajoutent progressivement le piano et l’orchestre en crescendo, avant de laisser place au groupe. J’adore la structure de cette chanson. L’introduction cède ensuite la place à un son plus classique, fidèle à ce que Vulgaires Machins nous a habitué, avant de se conclure à nouveau au piano accompagné de l’orchestre. Un seul mot me vient à l’esprit en l’écoutant : épique. Cette chanson me donne des frissons.
D’un côté, elle m’emplit d’espoir, car elle me rappelle que je ne suis pas seul à constater ce monde en désarroi, mais elle nourrit mon angoisse face à la situation actuelle. Elle dépeint un monde largement détruit par l’homme, dans lequel nous tentons malgré tout de garder espoir, même après avoir franchi un certain point de non-retour. Un monde rempli d’injustices et d’horreurs, dans lequel nous avons l’impression d’être dans « une salle d’attente de fin du monde », comme le chantent Guillaume et Marie-Ève. La chanson se conclut par une citation de Bernard Stiegler.
L’album se poursuit avec Om Mani Padme Hum, un mantra bouddhiste signifiant « le joyau dans le lotus », symbole de l’union de la compassion (le lotus) et de la sagesse (le joyau). Une sonorité plus classique que ce que nous a habitué Vulgaires Machins dans le passé. Cette chanson est une continuité de Terminé le fun. Le thème abordé est à nouveau celui de la fin ; la fin du drame, d’une époque, du futur, du punk et plus encore. Mais le véritable message n’est pas tant la fin que la prise de conscience. Le monde tel que nous l’avons connu n’est plus viable. Il est nécessaire d’agir face aux changements qui s’opèrent actuellement.
On enchaîne avec Travail à la chaîne, qui adopte une sonorité rétro, un peu « années 70 ». La chanson est plus calme, mais s’intègre parfaitement dans le flow de l’album. À travers ses paroles, on ressent le poids du travail comme un boulet qui nous brise et nous déshumanise, laissant le travailleur prisonnier, abattu, sans joie.
L’Effondrement, sur laquelle collabore Jenny alias J. Kyll Salgado, est probablement l’une de mes pièces préférées. Le groupe explore de nouvelles sonorités, et la voix de Jenny renforce le message véhiculé. On parle de la société, à la solde de nos gouvernements qui tentent de façonner la pensée collective, mettant en avant les riches pour faire rêver, tandis que nous, la plèbe, tentons de survivre dans une fausse démocratie. Dans On continue, la mélodie et le ton est plus joyeux, mais le message reste sombre, dénonçant les maux qui sévissent dans notre société. Mais au final, « On lâche pas la gang ! On continue ! » nous chante ironiquement le groupe. La pièce Encore le soleil pour quelques heures sert d’interlude, nous offrant un moment pour souffler avant la seconde moitié de l’album.
Deuxième partie
Cette deuxième partie débute avec Tout recommence, aux sonorités new wave, faisant écho à l’album Disruption. Les paroles explorent les pensées intrusives qui tournent en boucle dans notre esprit et qui nous guident au quotidien. Avalanche poursuit sur un registre plus rock et exprimant une détresse émotionnelle. Les paroles parleront à quiconque a déjà vécu une forme de dépression. Il faut se jeter à l’eau est la balade de l’album. On y évoque le changement, l’affrontement de l’inconnu et la peur qui y est associée, mais aussi la possibilité d’un renouveau. Une belle pièce émouvante.
Les trois dernières chansons de Contempler l’abîme soit Libérer la foudre, Faire sécession et Me croire seul à me croire inutile, forment un bloc unique, me rappelant quelque peu The Decline de NOFX, notamment la version avec Baz’s Orchestra. Le mélange punk et orchestral y est très efficace. Dans Libérer la foudre, on évoque le combat face à l’absurdité de la vie moderne. Dans Faire sécession, on dénonce le fait de répéter le discours imposé par la société et on fait appel à se détacher de celui-ci. Enfin, dans Me croire seul à me croire inutile, on dépeint une personne qui tente de faire la paix avec sa peine et sa colère, tout en se débattant dans un chaos intérieur et social, incessant et paralysant.
Au final
Encore une fois, les Vulgaires Machins nous livrent un album brillant où chacun des membres du groupe excelle. La longue pause après Requiem pour les sourds a permis à chacun de se consacrer à d’autres projets, et le groupe revient en force avec deux excellents albums coup sur coup. J’aime comment le groupe évolue et la qualité des paroles et la poésie de Guillaume et Marie-Ève ne cesse de s’améliorer. J’ai hâte de découvrir ces nouvelles pièces sur scène en mars prochain. Voici les dates où vous aurez la chance d’attraper le groupe au printemps prochain.
4.5/5

Rédaction : Maxime Isabelle
Correction : Val Girard
Révision : Marie-Eve Landry

