
Tête d’affiche mars 2026 : Guhn Twei
Publié le 02 Mar 2026 par Claudia Bo
Pour lire l’entrevue du mois dernier, c’est ici.
Salut Guhn Twei et merci d’avoir accepté d’être notre tête d’affiche du mois de mars.
Vous avez été nommé « Album métal de l’année » au GAMIQ pour vos albums Glencorruption et Capital de l’arsenic consécutivement en 2024 et 2025. Vous revenez en force avec un 3e album en autant d’années, une ville, une mine, un cancer. Pourquoi était-il important pour vous de lancer ce 3e opus en même temps que le 100e anniversaire de la ville de Rouyn-Noranda ?
Simon : Ce n’était pas nécessairement conscient au départ. J’avais cette idée d’album avec la thématique du Cimetière Notre-Dame, et une déformation du slogan « Une mine, une ville ». J’ai beaucoup composé avec la photo qui a servi de référence pour la pochette. Elle était juste ouverte sur mon laptop pour m’inspirer pendant que je travaillais les ébauches, essayer de capturer le mood que la scène dégageait.
J’ai commencé à vraiment tomber dans l’écriture à la fin de l’automne et au début de l’hiver 2024. Sûrement à cause de la période de l’année, ça feelait comme un album d’hiver. Et donc, je voulais que ça sorte durant cette saison. Je pense que, quand le Comité du 100e a commencé à parler des festivités pour 2026, ça a comme cliqué dans ma tête. Comme quand on travaille sur un casse-tête depuis un moment et qu’on voit enfin l’image. Le 11 mars 2026, 100 ans de Noranda. Voilà, c’est ça le thème.
J’ai eu la chance d’écouter le nouvel album avant sa sortie. Vos deux précédents albums étaient lugubres et lourds, tant dans le son que dans les paroles et le message. Dès l’intro de la première pièce sur l’album, Ville fantôme, j’ai eu le sang complètement glacé. C’est perturbant, dérangeant et angoissant. On dirait une marche funèbre d’où l’on ne revient jamais. Comment réussissez-vous à créer un tel son puissant ? Bien sûr, l’expérience de vie de Simon y est pour beaucoup, mais les autres membres n’ont pas le même parcours et on peut quand même entendre toute la détresse.
Simon : J’suis une personne habitée par beaucoup de traumatismes, de colère et de blessures profondes. Toutes ces années à avoir le cancer, à être hospitalisé pendant des semaines et des mois, l’isolement, l’amputation, le désespoir total, les mille et un deuils, la douleur. Ça me suit encore et ne me lâche pas des années plus tard. La seule façon saine que j’ai trouvée pour dealer avec tout ça est d’écrire, jouer de la musique. Et j’pense que ça se reflète dans ce qui sort. J’suis un amputé sur les prestations, j’ai pas une cenne, j’suis pas tant mobile ou sociable, j’bois pas et ne consomme pas, donc j’fais pas mal juste ça.
En général, je compose avec un setup très basic avec ma guit et mon petit ampli et un logiciel de tablature gratuit pour écrire des drums en midi, souvent de nuit quand la douleur et l’insomnie m’empêchent de dormir. Ensuite, quand j’ai de quoi de potable, je le présente aux autres et on va dans le studio, on monte les maquettes, on fait des vraies « préprods », retravaille des parts ou en ajoute, travaille les sons, fait les arrangements, ajoute des layers et d’autres instruments. Puis, à travers le processus, ça devient du Guhn Twei.

Depuis vos débuts, si je ne me trompe pas, vous vous étiez autoproduits. Pourquoi décider à ce moment-ci de signer sous un label et pourquoi Slam Disques ?
Simon : Nous avons sorti Capitale de l’arsenic avec d7i Records et Doomsday Machine Records. Mais oui, l’approche a toujours été très DIY. Ça faisait un moment que la charge était devenue dure à gérer tout seul et l’aide était la bienvenue. On est content d’avoir du monde pour nous aider avec les différents aspects de la création musicale et de la production de shows. Ma santé mentale en avait besoin.

En ce moment, la fonderie Horne émet parfois jusqu’à 100 nanogrammes d’arsenic par mètre cube, c’est 30 fois plus que la norme québécoise, qui est de 3 ng/m³. En décembre dernier, la fonderie Horne a obtenu un sursis de 18 mois de la part du gouvernement du Québec pour la modification de ses installations, nécessitant ainsi un investissement de 300M pour abaisser son taux d’émission d’arsenic au seuil de 15 ng/m³. Ce qui représente encore cinq fois la norme réglementaire. La fonderie menace maintenant de fermer ses portes si le gouvernement ne prolonge pas ce fameux sursis sur une période de prévisibilité de sept ans. Comment voyez-vous tout cela ? Chantage émotif de la part de Glencore ? Le gouvernement va-t-il réellement faire respecter l’entente par Glencore ?
Simon : J’invite le monde à lire sur le trouble de la personnalité narcissique et les cycles de violence. Le love-bombing, future faking, gaslighting, trauma bond, reactive abuse, les enablers et flying monkeys, la victimisation, la manipulation, la violence psychologique et financière. Il y a beaucoup de parallèles à faire avec ce qu’on vit ici à Rouyn avec Glencore. À mon sens, Glencore c’est comme le chum toxique que la ville a peur de quitter, qui lui dit qu’elle est rien sans lui, qui lui joue dans tête, l’achète avec des cadeaux empoisonnés, projette une image parfaite pour l’extérieur, tout en lui faisait violence à elle dans l’ombre. Pis y serait pas mal temps de le crisser là.
La fonderie est le cœur économique de Rouyn, mais également son fossoyeur. Comment êtes-vous perçus dans votre région par la population ?
Simon : J’sais pas et j’essaie de ne pas trop y penser. J’suis déjà assez anxieux de même. Ils comprendront peut-être le jour où ils seront malades eux-mêmes ou un de leurs proches. Tout ce que je sais, c’est que tu t’en fous pas mal de tes biens matériels et de tes petits conforts une fois rendu dans le bureau du médecin et qu’on t’annonce que t’as le cancer et que tu vas peut-être mourir. Et aussi, que c’est crissement plus facile d’aller porter un CV que de se faire couper une jambe.
Avez-vous déjà ressenti de la pression ou de la censure à cause de votre discours ? Comment gérez-vous cela ?
Simon : On se sent aliéné.
Est-ce qu’il y aura un après-Glencore ? Je m’explique. Dans l’éventualité où la fonderie venait à fermer ou à opérer avec des standards environnementaux acceptables, que deviendrait Guhn Twei ?
Simon : Il va encore me manquer une jambe, je vais encore avoir des gros traumatismes, des douleurs et une santé ruinée. Les gens n’écouteront peut-être plus, mais j’pense honnêtement pas pouvoir en revenir un jour. Ou bin m’a juste finir par tirer la plug, me retirer complètement et faire du harsh noise tout seul à la Punk House.
Rédaction : Claudia Bo et Simon Turcotte
Correction : Val Girard
Révision : Marie-Eve Landry

