
Dans la pénombre, Corridor embrase l’Esco
Publié le 11 Avr 2026 par Alex Strk

Il faut quelques minutes pour que les yeux s’habituent. Dans l’obscurité presque totale de l’Escogriffe, le concert se devine plus qu’il ne se regarde. Les silhouettes apparaissent par fragments, les visages disparaissent aussitôt qu’ils se laissent entrevoir. Pour ce deuxième soir à guichets fermés, Corridor propose une expérience immersive dans une ambiance feutrée.

Originaire de Montréal, Corridor s’est progressivement imposé comme une figure incontournable de la scène indie locale. Premier groupe francophone à joindre le label de Seattle Sub Pop (ayant produit notamment des groupes légendaires comme Nirvana, Sonic Youth ou encore Soundgarden), le groupe a su attirer l’attention bien au-delà du Québec, notamment grâce à une performance remarquée chez KEXP. En 2020, il remporte le GAMIQ de l’album indie rock de l’année pour Junior. Le quatuor signe quatre albums studio, dont le dernier en date, Mimi, est sorti en 2024.
À Montréal, cela se traduit aujourd’hui par trois soirs complets à l’Esco, une manière d’habiter pleinement un espace devenu presque trop étroit pour eux. Remplir l’Esco, c’est courant. Sold out trois soirs d’affilée, sans même que cela coïncide avec une sortie d’album, beaucoup moins.

La soirée s’ouvre avec Karneef, formation montréalaise de jazz fusion qui installe rapidement une atmosphère dense. Porté par une énergie brute et des textures sonores riches, le groupe capte aussitôt l’attention. Une entrée en matière solide, qui prépare le terrain avec justesse.

Trois soirs, une même intensité : Corridor habite l’Esco.
Lorsque Corridor entre en scène, la salle est déjà pleine et vibrante. L’Esco se transforme en un espace presque clos, où la chaleur s’installe autant que l’attention du public. La lumière, minimale, oblige à deviner plus qu’à voir, renforçant cette impression d’intimité. Très vite, la frontière entre la scène et la salle semble disparaître.

Leur musique, faite de guitares entremêlées et de tensions discrètes, oscille entre mélancolie rêveuse et énergie entraînante. Les paroles évoquent tour à tour des sujets comme l’exposition à l’ère numérique, la difficulté de vivre de son art ou encore la fragilité du couple. Au fil des albums, leur post-punk se teinte de plus en plus de sonorités électroniques.
Les échanges avec le public se font naturellement, sans distance. On ajuste un élément de son en direct, quelques blagues circulent, et l’un des musiciens traverse la salle comme s’il évoluait dans un espace familier. Cette proximité change la dynamique du concert, elle autorise une forme de liberté qui serait plus difficile à atteindre dans un cadre plus vaste.
Et pourtant, l’intensité ne faiblit jamais. Corridor joue avec une forme de lâcher-prise maîtrisé.

Parmi les moments marquants, certains éclats viennent rompre cette tension feutrée. Sur Domino, l’un des morceaux les plus attendus, l’énergie monte d’un cran. Au cœur du morceau, des confettis en forme de billets américains sont lancés dans la salle, déclenchant une réaction immédiate du public.
Ailleurs, Dominic Berthiaume grimpe sur une enceinte, basse en main, et laisse éclater une intensité plus brute, presque frénétique. Derrière la douceur apparente, la musique de Corridor reste profondément habitée.



Déjà aperçu dans un contexte plus ouvert, notamment lors d’un passage aux Francos de Montréal en 2025, le groupe révèle ici une tout autre facette. Là où le festival laissait place à une écoute plus diffuse, l’Esco resserre tout : les regards, les gestes, les échanges. Le concert gagne en intensité.
Sur scène, les sourires circulent, une véritable complicité semble relier les musiciens entre eux autant qu’à la salle. Cette familiarité avec le lieu, où ils ont déjà joué, se ressent dans chaque moment.

Difficile, dans ces conditions, de repartir indemne. On quitte la salle avec l’impression d’avoir assisté à quelque chose de plus intime qu’un simple concert. Une expérience intense, où la musique se vit autant qu’elle s’écoute. Et en sortant, avec quelques souvenirs en poche, l’impression simple, mais tenace, d’aimer encore un peu plus Corridor.

Pour suivre Corridor :
https://corridormtl.bandcamp.com/
https://www.instagram.com/corridormtl/
Rédaction : Alexandra Stanurski
Crédit photo : Alexandra Stanurski
Correction : Val Girard
Révision : Julie Fortin
