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Keith Kouna, poèmes colorés pour payer ses impôts

Publié le 08 Juin 2025 par

Keith Kouna s’est présenté la face au CEM le samedi 24 mai, dans le cadre de sa nouvelle tournée : Payer les impôts. Ce spectacle se veut acoustique et en duo avec son fidèle compagnon de route Marcel Bélanger, qui le suit depuis 2009.

La dernière fois que j’ai pu m’abreuver de son œuvre complexe, c’était il y a deux ans au Côté-Cour. Il y était avec ses musiciens des Goules, la réunion suite à la fête des Morts de 2019. Artiste que je ne me tanne pas de voir live, à multiples reprises.

Le monument Kouna

Monsieur Kouna c’est bien plus qu’un chanteur, un musicien, un poète ou un groupe transcendant les standards de l’industrie. Industrie conventionnelle dans laquelle il ne se sent pas chez lui.

Pour bien cerner, comprendre le personnage, nous allons décomposer les membres du monument qu’est Keith Kouna

Les Goules

Son parcours sur la scène musicale débuta avec le légendaire groupe : Les Goules. Fondé par lui et ses amis Ken, Rabin, Klaudre, et Igor en 2001.

En 2002, c’est l’année de sortie de leur premier album éponyme, enregistré quand ils étaient saouls, en quatre jours. Le succès est immédiat et immense. Une pièce titrée Crabe, qui reste encore à ce jour son plus grandiose accomplissement fredonné.

Un deuxième album Memories a été créé en 2005 par ces individus inclassables, qui ne se casent dans aucune catégorie. Le public était ravi et avide de musique « goulienne ». Quatre vidéoclips voient le jour pour Dynamite, Montagne, Turlutte et Baleine.

La trinité fut complète en 2007 avec Les Animaux. Toujours sur la voie de la gloire, ils tirèrent leur révérence au top.

Les Goules firent, comme nous les connaissons, une conclusion épique en 2008. La fête des Morts qui deviendra par la suite leur album live, jamais enregistré.

Pour notre plus grand bonheur, ils ont ressuscité le 1er mars 2016. À cette date, nous avions enfin du nouveau matériel de nos idoles qui nous manquaient. Ce merveilleux cadeau baptisé Coma.

Keith Kouna

Dans l’ère « post-Goules », il lança sa carrière solo sous son nom Keith Kouna. La démonstration initiale de ce nouveau projet avec son monstre Les années monsieur, convaincant dès sa sortie en 2008.

Bombes

Les fans ont dû attendre en 2012 afin de se réjouir d’une autre emportée musicale poétique. Du plaisir et des bombes, album débordant de hits.

Hiver

Seulement un an plus tard, Keith Kouna trimbale dans son baluchon mental Le Voyage d’hiver. Travail ardu s’échelonnant sur quatre ans. Réécriture des textes de Winterreise, composés par Franz Schubert en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller.

Shérif

Le public dut attendre encore quatre ans pour son prochain élan créatif Bonsoir Shérif, paru en 2017.

Kid Kouna

Nouvelle personnalité, identité surgissant de son étrange cerveau en 2019 : Kid Kouna. Chaque titre crée une dépendance renfermant habilement une morale et dessinant son propre personnage doté de sa marionnette associée.

Tabarn

Petit flash trop court en 2020 avec un single appelé Tabarnouche.

Duchesse

Sous forme d’un EP de trois compositions, Kouna livre, en 2021, sa conception musicale pour La Duchesse de Langeais de Michel Tremblay.

Métastases

En 2023, Keith Kouna est de retour avec un album cérébral dans la même veine que ses deux premiers, affichant un titre inattendu : Métastases. Une réussite du début à sa fin, généreux avec ses 20 chansons à se délecter. Ma préférée est sans aucun doute l’entrainante chanson C’est un bum.

Beach party

Notre homme revient pour une trop brève réapparition avec Marina, single parut le 6 mai 2024.

CEM

Je vous ramène à notre sujet d’actualité qui prend place au CEM. Lors de sa dernière venue icitte, ben c’tait complet. Ça ressemble pas mal à ça aussi ce soir.

20 heures12, on nous jase de l’abondante programmation à venir…

Lever de rideau

Pas de première partie, à 20 heures 17 Keith Kouna monte sur scène suivi, de son ami Martien Bélanger. « On va sauter dans la fosse aux lions, aux requins ». « Finalement, ça va ben pour payer mes impôts, mais on aurait plutôt dû appeler ça la tournée des gars chauds qui ont du fun ». « On est allés souper Chez Georges pis comme des amateurs, on est bourrés ».

La guitare démarre doucement avec le vocal mélancolique de Requins. Cette entrée en la matière est très blues.

Magané et sale

« Ça c’est fait, une de faite ». « On s’est fait mal hier ».

Keith raconte qu’il s’était apporté des bières dont l’une d’entre elles a explosé au travers de son linge. Quand il s’est aperçu qu’il y avait une laveuse et une sécheuse, il en a profité illico presto pour laver ses vêtements. Maintenant, il est magané et propre, mieux que sale.

Le couple, à la complicité palpable, enchaine avec deux autres tunes langoureuses, tristement honnêtes, exposant une dure moralité.

« On commence avec les plus joyeuses ». Héhé !

Club Med

La quatrième exécutée est la savoureuse Coat de cuir, appartenant et popularisée par Les Goules. Keith Kouna demande à sa foule de participer. En premier lieu, seulement les gars et ensuite uniquement les filles. « Ya des messieurs saouls ». « On est devenus une boîte à chansons ».

Un tel

Je reconnais dès les riffs initiateurs de C’est un bum. Tous les spectateurs embarquent en répétant son refrain génial. Il commence à faire chaud !

S’affûter le sifflet

Le Travail est notre offrande suivante, issue également de Métastases. Marcel assure à la guitare donnant un sens à toute cette poésie, mais maintenant il doit siffler. « Tu siffles moins bien qu’hier ». « Allez, pour une troisième fois »…

Sur le yacht

Kouna se met à nous partager qu’il a hâte de sortir son boat et d’aller en faire « su’l Fjord ». Il fait du crossfit pour être tight. Ça détonne et c’est mal connaître le « poète-punk », l’intro idéale pour Marina.

Adaptant certaines paroles, il se permet un hommage au regretté Lucien Francoeur, maître de l’underground.

SVP

La prochaine toune est inspirée du Café du Clocher. « Au Lac, ça jase ». Elle se joue sur le beat de Whiplash de Metallica. Keith Kouna me prend par surprise avec l’accent mis sur le mot ajouté à la fin de ses revendications : SVP ! Hilarant ce type !

On nous sert une plus country en remerciant Cayouche au passage.

Des crinqués

Nous avons heureusement droit à sa campagne contre le fléau du tabac Américaines. Le staff leur apporte des shots. « Ça fait longtemps j’ai bu ça de la téquila, ça fait 24 heures ».

Nous passons à un registre qui est encore une coche plus haute, des chants crinqués. Bien entendu, la toune Bonsoir shérif est servie. Je suis à chaque fois ravi d’entendre ses voix qui me disent… avec Pas de Panique. Des vérités lancées en pleine gueule. Ça danse intensément !

Il s’allonge sur le dos nous demandant de le porter tel un flot généré à l’aide de nos mains accueillantes. Bodysurfing!

À son tour de se laisser aller, Marcel Bélanger poursuit avec brio son jeu de guitare à l’horizontale.

La formidable Labrador est interprétée réservant une conclusion évidente et débordante d’humour.

Cul-de-sac

Il est 22 heures 15 et c’est l’inévitable fin que nous atteignons. Répondant aux cris incessants de sa foule, Keith Kouna est de retour sur le stage en solo épaulé par sa gratte, sa guitare sèche.

Pour sa troisième, il revêt son visage de goule et nous rentre dedans avec Crabe. Trash time ! Lors de ses premières secondes, on la reconnait de très loin. La sentimentale, touchante Batiscan qui nous provoque des frissons. Gagnante du concours du Prix de la chanson SOCAN. Last one, la finale adéquate avec Au revoir.

On aime ça long

Nous avons eu droit à cinq interprétations en guise de rappel. Deux heures et 20 minutes de show, on a été gâtés. Performance magistrale de notre grand poète québécois. Merci Keith Kouna !

Rédacteur : Patrice Belley

Crédit-photo : Patrice Belley

Correction : Val Girard

Révision : Julie Fortin