
Les Ramoneurs de Menhirs, musique traditionnelle bretonne à la punk avec un Béru
Publié le 16 Déc 2025 par Patrice Belley
Je vois l’annonce : Les Ramoneurs de Menhirs au Café du Clocher le mercredi 5 novembre. Soudainement, je me sens comme Bill Murray dans Le Jour de la Marmotte puisque j’étais à la même place lors de leur dernière apparition le 9 mai 2023.
Malheureusement, le 5 novembre, je suis mal en point, trop malade et amoché pour m’y pointer. La chance! Il y a une supplémentaire le mercredi suivant! Deux fois en deux semaines, fait d’armes rares, ne se produisant jamais. Je suis béni.

Mon Café me gâte une fois de plus
Le Café du Clocher a été finaliste au GAMIQ 2025, qui a eu lieu le 30 novembre au National, dans la catégorie dans la catégorie SALLE DE SPECTACLE. Le prix a été gagné par le Quai des Brumes, mais rappelons-nous que Sam Gingras et son équipe l’ont remporté en 2024.
L’orchestrateur par excellence a flairé la bonne affaire par leur vive popularité pour pas une, mais deux dates soldout. La semaine passée, la première partie était assurée par Vermine Kaos et ce soir c’est Desaxed. Apportez-moi du jus de rock, miam miam!

Desaxed
Desaxed, groupe hardcore du Saguenay. La dernière fois que les cellules de mon pauvre cerveau se sont entrelacées avec leur délire, c’était le 4 mai au Roco Bar.

Mailloux, au chant, nous arrive avec une coupe fraîche aux cheveux courts. Il en a des choses à dire et sait déblatérer quand il a un micro dans son poing. Un discours engagé est une arme redoutable.

« Belle crew icitte à soir ». Tantôt en train de charger dans la foule tel un taureau aux cornes dévastatrices. Il brasse la soupe pour insuffler un second souffle à la vigueur dégagée par l’expression d’une colère collective.
Alex, à la basse, hurle en accord avec ses notes lourdes par leur tonalité ainsi que de sens. Qu’est-ce que j’entends là? Eh oui! Ce sont de nouvelles compositions. J’y décèle des influences métal, ska et reggae.

Des beats adaptés à leur rythme effréné, la signature de leur band purement hardcore. Jérôme, à la batterie, assure la cohérence musicale. Il a opéré aussi en tant que batteur remplaçant dans le groupe Vermine Kaos la semaine dernière avec Les Ramoneurs de Menhirs.

Justement, en parlant du loup… Loran est dans place. Il vient de se stationner aux abords de la danse en cours entre camarades.

« Le Sexe Dur. Voulez-vous voir mes tits? ». C’est maintenant l’heure de la chanson LSD. « Heureusement pour Les Ramoneurs à venir, mais malheureusement pour nous, c’est notre dernière. » Mes méninges en ont fini par se nouer.
« Pétez votre téléphone en deux et ouvrez un livre, instruisez-vous! »

Bérurier Noir
Je pourrais facilement écrire un article complet que sur ce groupe mythique et marquant. Je vais me contenter de l’essentiel, le côté émotionnel.
J’y étais! Sur les plaines, le 28 juillet 2004, lorsque les Bérus ont fait leur comeback après 15 ans d’absence. J’avais même abandonné l’idée de réaliser mon rêve enfantin de les voir en spectacle. Encore à ce jour, ce concert demeure mon top 1, meilleur à vie. C’est parallèlement aussi carrément un cirque qui déambule devant votre étonnement. Du théâtre et de la pyrotechnie. Un nombre incalculable d’acteurs, contributeurs à ce mouvement qui n’est pas uniquement voué à la musique. Je possède, dans ma collection, l’enregistrement de cet évènement torrentiel sur vinyle. J’en ai la chair de poule et le poil qui se dresse à chaque écoute démentielle.

Les Ramoneurs de Menhirs
Eux, ce sont quatre mecs dévoués à leur art : la musique. Ils naviguent dans le punk celtique français depuis 2006 ces Bretons. Nous y retrouvons les inséparables Éric Gorce (bombarde) et Richard Bévillon (biniou), Gwénaël Kere (chant) et Loran (guitare).
Un petit aparté d’éducation musicale s’impose. La bombarde est un instrument à vent à anche double. Le biniou est une petite cornemuse au son très aigu, traditionnellement jouée avec la bombarde.
Pas moins de cinq albums derrière leur cravate. Nouvel album en précommande baptisé D’ar gad ataw!

Deux menhirs d’un coup
Arrivés sans setlist, les mains vides. Un tirage au hasard nous attend. Chapeau passé aux occupants de la première rangée, invitation à piger un bout de papier, orné du titre d’une composition. Concept unique. Ah non, c’est vrai! Gregory Charles l’a fait avant. Mais dans le milieu artistique que je fréquente, c’est une première.
C’est le début d’une série qui construit progressivement la liste complète. Concertation autour de leur destinée dessinée devant eux à la lecture des sélections aléatoires, mais judicieusement choisies pas leurs fans. On peut y retrouver majoritairement des chansons des Ramoneurs, mais aussi de Bérurier Noir. Eh oui!

Ramonage amorcé
Début du concert, 22 heures… Nous sommes avertis d’emblée que le record de durée a frôlé les trois heures.
« Tirage de malade! Il existe une danse traditionnelle bretonne pour accompagner notre musique, mais inventez la vôtre. »

Tant de microphones disposés stratégiquement, accueillant leurs symphonies de la Bretagne. Fouille en règle dans les deux coffres aux trésors grand ouverts sur la table en fond de scène. Opération qu’ils répéteront avant chaque interprétation si juste. Deux cornemuses font feu, expulsent leur venin sonore.

Les oiseaux sifflent
L’artillerie musicale est mûre, chargée à bloc pour s’exprimer. Je remarque le look de l’un de ce duo. Jambes de son pantalon d’une couleur différente l’une de l’autre. Le même pattern se répète pour ses souliers, mais de la couleur inverse de celle des culottes. Je soupçonne son stratège d’achat de deux paires de pantalon ainsi que deux paires de chaussures. Je suis curieux de savoir quelles couleurs il portait ici même la semaine dernière.

Cri du cœur
Loran reprend le crachoir. « The Clash et bien d’autres groupes punk que je respecte ont pris la décision douteuse de signer avec un label de grande envergure. »
« Un troll long à démarrer, mais inarrêtable. »
Chant continu magnifique dans une langue étrangère, exotique qui nous conquit en nous pénétrant. Avec sa coupe de moine, Gwénaël Kere est en contrôle de tout ce bazar. Buzz général généré, hypnotisant. Transe envoûtante en cours… Boom! Oups, chute souffrante pour un danseur.

Guitariste possédé
« La Bretagne juste en face de vous. Rien que la mer entre nous deux. »
Crâne tatoué, kilt en cuir, veste et corne perso de viking pour trinquer… Une bibitte bien particulière hors norme, pas ordinaire, sûrement pas comme les autres. Dents argent qui scintillent à la lumière des projecteurs lorsqu’il se joint aux hymnes bretons ou sinon c’est son sourire éclatant qui reluit.

La grande gueule française s’écrit « Un Québec libre, on va chanter! »
Cordes pas trimées, coupées, sur le rough. Voilà la guitare légendaire. Yeux virés à l’envers pendant son jeu audacieux et agressif. Multitude de bagues et joncs qui parcourent le manche de sa guitare électrique.


Loran explique que sa plus grande fille a 44 ans. Il pourrait être mon père!
« Nous avons passé chez Pils Records pour l’enregistrement d’un album. En 48 heures, nous repartons avec le vinyle pressé par Chany (Inepsy), c’est dingue! »
Le cinquième membre
La semaine passée, Les Ramoneurs de Menhirs ont commencé très en retard, ça c’est une autre histoire… que vous connaîtrez immédiatement. Ce soir, leur drummer ne fait pas sa diva. Elle coopère ce soir, la boîte à rythmes.
Histoire amusante, anecdote m’ayant été racontée deux fois plutôt qu’une. Ils ont sursauté au Café du Clocher le 5 novembre lorsqu’ils ont réalisé qu’un fil primordial était manquant pour cette machine essentielle. Richard, qui est monté avec moi ce soir, était là et il a dit à Loran qu’il a le même modèle à la maison, mais tout neuf de 2025. Ils dévalent donc les routes vers Jonquière. Une fois sur place, ils constatent que le connecteur a changé avec le temps. Merde! Ils tentent leur chance chez le frère de Richard avec ses innombrables bidules qui essaie de patenter un fil sans succès. Le téléphone sonne, c’est Sam Gingras du Café du Clocher qui les informe que quelqu’un en a un à Alma. De retour, le concert prévu peut avoir lieu.
« Ce soir, ce mec est ici présent devant moi. Il est accompagné de son fils. C’est beau à voir! »

Lobotomie
« Porcherie, écrite il y a 40 ans. Encore, voire plus, d’actualité. On régresse. Je suis comme avant, en pire. » Du bon Béru dans notre gueule. La lalalala… Toujours délicieux à la réception.
« La marijane. Légale, mais on peut fumer nulle part. Entre Bretons, on fume un joint en concert. Éric a roulé un pétard. Dédié aux planteurs du Québec. »
Medley de cinq chansons enlignées en l’honneur de Louise.

Magnétisme humain
« Merci à la première partie Desaxed. Drummer de fou qui a joué dans deux bands (appelé à remplacer pour Vermine Kaos). »
Même Michel Barrette est là! Il vient d’arriver après avoir écourté son propre show d’humour à Chicoutimi.

Des bêtes de scène
Les crasseux années 70 mettent sur les rails l’attendue Vive le feu de 1985. J’ai soudainement des flashbacks de cette inoubliable performance sur les plaines avec Bérurier Noir.
« Merci tout le monde pour le concert. 48 ans plus tard et vous êtes toujours là. » Pas de rappel public, préalablement avertis. Minuit 42, fin signalée.
Trilogie bouclée
J’ai vu cette légende, Loran, trois fois dans ma vie. Je ne croyais pas le revoir, pas deux, mais trois fois. Merci la vie! Un pur délire à chaque rendez-vous.
Un spectacle également cérébral avec de sages paroles et des discours engagés. Deux heures et 42 minutes, tout un exploit musical pour ces jeunots. À une prochaine!
Rédacteur : Patrice Belley
Crédit-photo : Annie Freska
Correction : Céline Montminy
Révision : Marie-Eve Landry

