
Rouge Pompier au Club Soda : tour de cadran rock et communion totale
Publié le 26 Oct 2025 par Jean-Simon Fabien
Rouge Pompier s’installe pour une quatrième et dernière fois au Club Soda cette semaine pour présenter les chansons de Michael Caine, son dernier album, paru il y a 18 mois déjà. Pour l’occasion, je suis allé jaser au Parc Baldwin avec Jessy Fuchs, histoire de prendre des nouvelles du groupe et de jaser de tout ce qui l’entoure avec son sympathique et énergique chanteur et guitariste.
On s’est retrouvé sur l’avenue du Mont-Royal, en face d’un spot à banh-mi où ils font aussi des bubble teas. Jessy a longuement étudié le menu avant de faire son choix, échangeant ensuite toute une série de signes d’incompréhension maladroits avec la caissière, qui se servait de son téléphone comme interprète. Cinq minutes plus tard, le musicien avait devant lui un grand verre transparent avec les billes de tapioca au fond : on était prêt pour l’entrevue. Retour sur notre discussion.
Comment ça don’ une dernière fois au Club Soda ?
Jessy Fuchs – Dans les huit ou neuf dernières années, on a juste joué dans cette salle-là à Montréal. On est prêt à passer à autre chose. Mais il fallait qu’on le fasse une quatrième fois : à la première, on a installé notre stock d’une certaine manière, pis les deux fois suivantes, on l’a viré de 90 degrés. Il manquait un bord pour compléter le tour. C’est ça qu’on va faire vendredi : on boucle le cadran. Après ça, c’est fini, on ferme ce chapitre-là.
C’est vraiment le genre d’idées ou de concepts qui vous caractérisent bien je trouve… c’est un peu nono à la base, mais vous êtes sérieux dans l’exécution et vous gardez le cap jusqu’au bout.
JF – On n’a pas peur que le monde nous trouve cave. Y’a pas cette peur-là qui existe dans notre band. La peur d’être jugé, on n’a pas ça. Dans les faits, il n’y a pas de raison de dire : « Hey, c’est le dernier Club Soda », mais on le fait et les fans embarquent. Et c’est sur ce point-là que tu vois que les fans que t’as, ce sont les bons, parce que c’est ceux qui te suivent. Pis tu veux juste ces fans-là, en fait.
Parle moi de votre set up justement dans une salle comme le Club Soda… vous jouez directement au sol, c’est votre move signature, mais comment vous patentez vos affaires dans une salle comme ça ?
JF – C’est pas si simple que ça. La première fois qu’on a voulu le faire, ils ne voulaient pas. Il a fallu qu’on insiste, qu’on trouve les bons alliés sur place. Maintenant, on a le même directeur technique à chaque fois, pis il peut dire au reste de l’équipe : « Ça marche, on l’a déjà fait ». Mais on ne loue pas juste la salle, faut qu’on vienne avec notre gear et notre staff. Avec Slam Disques, j’ai une équipe de 26 personnes autour du band pour rendre ça possible. Pour un autre band, ce serait trop compliqué.
C’est vraiment une profession de foi, donc de jouer à terre, au milieu du public ?
JF – C’est quelque chose qu’on a repris de Solids, un band avec qui on jouait à l’époque. Eux autres faisaient ça, pis on trouvait qu’ils avaient raison. Quand ils ont arrêté, on s’est dit : « on reprend le flambeau. » C’est devenu notre manière de faire. Pis les gens le vivent vraiment. T’es dans l’action, tu ressens le bass drum dans ta cage thoracique. C’est pas un spectacle à regarder de loin, c’est une expérience à vivre de proche. Pis à chaque show, y’a toujours des spectateurs qui sont là pour la première fois, pis ils ne catchent pas. On les entend dire avant le show, pendant qu’on s’installe : « ils vont vraiment jouer là ?! ». Ça les déstabilise… pis c’est parfait comme ça.

On va parler de Michael Caine. L’album a 18 mois déjà et vous faites votre rentrée montréalaise. Il y a une suite qui s’en vient, de ce que je comprends, et vous continuez à sortir des clips pour l’album. Comment ça s’est transformé, les cycles d’albums, pour Rouge Pompier dans les dernières années ?
JF – Le cycle est pas mal plus long maintenant. Un lancement d’album traditionnel, ça ne marche plus. Le monde n’a pas le temps d’écouter un nouveau disque dans la semaine qu’il sort. On a sorti Michael Caine, pis on a attendu avant de faire le gros show. Pis ça marche : aujourd’hui, les gens nous demandent les tunes du dernier album. Le cycle est vivant. On veut aussi décliner l’ère Michael, sortir d’autres projets qui s’inscrivent dans cette période-là. On a tapé plein de matériel en Grèce, dont Michael Caine : c’est juste le noyau. On garde le reste pour la suite.
Tu prends beaucoup de décisions pour le band en pensant à ton public. La crowd qui aime Rouge Pompier vous aime vraiment beaucoup, donc c’est la preuve que la relation fonctionne. Comment tu vois votre public évoluer avec ça ?
JF – On est super proche de notre public. On a le Patreon, où le monde vote pour les tunes qu’on garde. On leur parle, on les consulte. On crée ensemble. Pis ça va au-delà des shows. On veut aller partout au Québec, chaque région, au moins une fois par année. On grind ça. Même si on perd de l’argent, on va à Fermont, à Sept-Îles. C’est ça, Rouge Pompier. Pis ce qui est fou, c’est qu’il y a toujours des gens qui nous découvrent, qui viennent seuls à leur premier show, pis qui finissent par revenir parce qu’ils ont trouvé leur monde.
Ouais, vous tournez beaucoup avec Rouge Pompier, tellement qu’il y a des gens qui pensent que vous êtes un band de région !
JF – (rires) Ouais, ça me suit depuis toujours, même à l’époque d’Exterio. Y’a du monde qui pense que je viens de Saint-Jean-sur-Richelieu, pis je suis né à Verdun ! Mais c’est vrai que le monde en région pense qu’on est des leurs parce qu’on va les voir. Tu deviens un band de région parce que tu y vas.
Je sais pas si tu vas trouver du bubble tea partout sur ton chemin en tournée par contre… d’ailleurs, ça vient d’où cette obsession ?
JF – Ça a commencé un peu par hasard… J’habite dans un coin de Montréal où les shops de bubble tea apparaissent un peu partout sur les rues commerciales. J’ai essayé et j’ai trippé. Je me disais, ça va jamais pogner avec Alex… Pis là, un jour, il arrive pis me dit : « il me semble que je suis dû pour un bubble tea ». Là, j’ai su que j’avais gagné. C’est devenu un petit rituel, comme d’autres affaires de bouffe.
Ça fit avec Rouge Pompier je pense… je vous ai souvent entendu dire que le band était indissociable de votre relation, à Alex pis toi, à la bouffe…
JF – La bouffe, c’est là que les vraies affaires se passent. On ne brainstorme pas en répétition ; on brainstorme en mangeant. À l’hôtel après le show, au resto, en auto… La bouffe, c’est ce qui nous soude. Ça structure même nos plans de tournée : Alex, va m’envoyer des vidéos de restos à essayer dans telle ou telle ville, juste pour qu’on planifie un show là. C’est rendu ça, notre manière d’être un band. Manger ensemble, c’est le moment le plus humain qui existe.
***
Rouge Pompier ne fait jamais les choses à moitié. Que ce soit en tournant aux quatre coins du Québec, en jouant au milieu du public, ou en s’inventant des rituels de tournée autour d’un bubble tea, le groupe affirme son identité dans chaque geste.
Ce vendredi, au Club Soda, la boucle se referme : un dernier tour de cadran pour un dernier show dans ce cycle… Jusqu’à ce que les gars arrivent avec leur prochaine idée sautée qui les amènera là où on ne les attend pas.
Rédacteur : JS Fabien
Correction : Jess Peach
Révision : Julie Fortin

