Home Scène Découverte Montréal, faites du bruit : récit d’une journée bien remplie

Montréal, faites du bruit : récit d’une journée bien remplie

Publié le 20 Juin 2026 par

Dans le cadre des Francos de Montréal, une initiative visant à promouvoir la musique francophone a été organisée. Le 17 juin 2026 avait lieu la journée Montréal, faites du bruit!, durant laquelle Le Bad Crew a fièrement représenté le milieu des médias indépendants. Lors de cette journée rassemblant plus de 100 acteurs du milieu (artistes, organismes, médias, partenaires, représentants gouvernementaux, etc.), ce sont 50 initiatives qui ont été présentées afin de renforcer la promotion et la visibilité des œuvres et des artistes, d’améliorer la diffusion sur scène, d’accroître la découvrabilité dans un contexte numérique en transformation et de favoriser la collaboration entre les différents acteurs du milieu.

L’initiative Le Bad Crew

J’y ai assisté à titre de représentante de notre belle équipe de bénévoles et j’ai eu la chance d’avoir des discussions riches, profondes et inspirantes. Le Bad Crew a présenté l’initiative Tête d’affiche mensuelle Franco : à compter du mois d’août 2026 et pour les 12 mois qui suivront, seuls des artistes qui font de la musique en français seront mis sous les projecteurs de nos réseaux sociaux.

L’entrevue Banane-Banane de Culture Cible

Après cette magnifique journée, je me suis dirigée vers la Jasette des Francos pour assister à l’enregistrement du balado Banane-Banane, de Culture Cible (Camille Dahaene, Marc-André Mongrain et Louis-Philippe Labrèche). La première édition, si je ne m’abuse, remonte à juin 2025. Vous vous souvenez peut-être de ce pas très fameux article de Patrick Lagacé, qui avait suscité l’indignation de notre milieu et auquel nous avions réagi dans une publication.

L’entrevue Banane-Banane visaient justement à lui faire un pied-de-nez. Déguisée en banane, l’équipe de Culture Cible avait alors reçu Virginie B, qui assurait à l’époque la première partie de Philippe Katerine, pour une petite jasette à l’Esplanade du Quartier des spectacles. Le costume de banane lui avait d’ailleurs permis de chanter La banane sur scène avec Philippe Katerine, dans le cadre des Francos en 2025.

Mais revenons à cette année. Simon Boisseau, Princesses et Alice Bro sont venus jaser de leur univers. Tous étaient déguisés en banane… tous, sauf Alice Bro, qui arborait un immense costume de botch fabriqué par un ami en hommage à son surnom : La Reine des Botchs.

Fait beau, fait chaud… poursuivons l’épopée

Il faisait beau et je m’étais rendue au centre-ville en transport en commun. J’ai donc décidé de me diriger vers les Foufounes Électriques pour aller prendre un verre sur la terrasse. Une fois sur place, j’apprends que Marie-Pierre Arthur y jouait, avec Édouard Grenier Tremblay en première partie. J’ai réussi à me faufiler dans une salle comble.

La configuration de la salle n’avait rien à voir avec les concerts punk et métal auxquels j’assiste normalement : il y avait des places assises partout, même sur la scène. Les musiciens, eux, étaient installés au beau milieu de ce qui sert habituellement de pit, baignés dans une douce lumière feutrée.

Je ne connaissais pas Édouard Grenier Tremblay, mais des amis croisés complètement par hasard ce soir-là m’ont appris qu’il est le fils de Daniel Grenier (Chick’n Swell) et de Mara Tremblay. Seul avec sa guitare, il a livré une prestation vulnérable, humble et pleinement assumée. À un certain moment, il s’est trompé dans ses paroles, mais il l’a immédiatement souligné en tournant le tout à la blague. Une identité imparfaite, ça, c’est punk !

D’ailleurs, j’ai croisé un spectateur portant un chandail de Deftones dans la foule, et j’y ai aussi aperçu plusieurs visages de la scène métal et hardcore. J’ai particulièrement aimé la chanson Carence. Je trouve que sa voix y ressort particulièrement bien, et j’ai trouvé original que les chœurs soient des « uh, uh, uh » plutôt que les traditionnels « oh, oh, oh ». Une très belle découverte pour moi !

Puis est arrivée Marie-Pierre Arthur, accompagnée d’un claviériste, d’un guitariste et de trois choristes. Pas de guitare électrique ni de batterie, contrairement à la première fois où je l’avais vue, à la Salle Rolland-Brunelle, à Joliette, en 2015. Bien que totalement différent comme spectacle, je l’ai tout autant apprécié. Marie-Pierre Arthur possède une voix juste, puissante et émouvante. J’ai déjà assisté à des spectacles acoustiques où le public discutait, parfois même assez fort pour couvrir l’artiste pendant une chanson… mais ici, le public était totalement captif. J’ai versé quelques larmes pendant Emmène-moi. 14 ans après sa sortie, cette chanson me fait toujours le même effet.

Réfléchir en mangeant des chips

De retour à la maison, en mangeant des chips sel et vinaigre dans le métro (ayant réalisé un peu sur le tard que je n’avais rien mangé de la journée), je repensais à cette journée. Aux rencontres. Aux idées échangées. À la raison pour laquelle j’y étais allée.

C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai eu envie d’écrire cet article : je veux qu’on réfléchisse ensemble.

Que les Foufounes Électriques présentent un spectacle francophone, acoustique et indie, ça prouve que les milieux émergents et populaires peuvent cohabiter et s’entraider. J’ai entendu 50 initiatives visant à promouvoir la chanson francophone… et si la solution n’était pas aussi compliquée ? Et si elle était même plus simple ?

Et si l’on créait un one-stop shop (pardonnez l’anglicisme) au lieu que les promoteurs, amateurs de musique, organismes, gouvernements et autres aient à fouiller sur 1001 sites pour trouver le talent ? J’ai accompagné plusieurs entreprises à travers des fusions et acquisitions. Et quand ça tourne mal, c’est presque toujours pour la même raison : on n’a pas pris le temps de s’intégrer.

C’est exactement ce qui se passe en ce moment. On ne sait pas par où commencer, ni parfois même où chercher, pour soutenir la vitalité de la musique francophone. De la relève, du talent, du monde motivé et prêt à aider, il y en a. Mais on ne les voit pas, ou ils ne réussissent pas à nous rejoindre.

Alors voilà.

Je lance l’idée. Créons une page Francofy, où TOUTE l’industrie musicale francophone se donne rendez-vous. Subventions, organismes, artistes établis et de la relève, salles de spectacle, festivals, syndicats, médias, balados, diffuseurs, partenaires… Un endroit où l’on peut filtrer ce que l’on cherche par ordre alphabétique, genre musical, ville ou catégorie. Une plateforme où tout ce qui touche à la francophonie se trouve facilement, en un claquement de doigts.

Cessons de laisser cette responsabilité reposer individuellement sur toutes celles et ceux qui portent l’industrie de la musique à bout de bras, et organisons-nous autour d’un seul espace structuré.

La bienveillance, c’est punk en criss

Comme nos amis de Capable! le disent si bien : « la bienveillance, c’est punk en criss ». Et bien vouloir le rayonnement d’une scène qui souffre d’une sous-représentation, c’est aussi punk en criss.

Je termine en remerciant Jacques-André Dupont, Directeur général des Francos de Montréal, de nous avoir reçus comme média indépendant et d’avoir été extrêmement généreux de son temps avec moi à la fin de cette journée chargée et haute en émotions.

Rédaction : Jess Peach

Correction & révision : Marie-Eve Landry