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Hail Mary : un troisième album pour Les Shirley

Publié le 29 Sep 2026 par
Pochette de Hail Mary – Gracieuseté Les Shirley

Les Shirley ont lancé leur troisième album, intitulé Hail Mary, le 25 septembre 2026. J’ai eu le privilège de correspondre avec le groupe afin d’échanger avec elles sur ce nouvel opus. Mais avant de vous dévoiler ce qu’elles avaient à me dire, permettez-moi de vous faire une brève présentation.

Qui sont Les Shirley ?

Les Shirley, c’est une formation montréalaise qui a fait ses débuts en 2018. Derrière ce groupe, on retrouve Raphaëlle Chouinard au chant et à la guitare. Lisandre Bourdages à la batterie et Sarah Dion à la basse. Toutes deux participent également aux chœurs. Les filles se décrivent comme un band qui n’a aucun intérêt à jouer safe, et ça s’entend clairement à travers leur musique comme dans leurs paroles.

Depuis le début de leur parcours, elles ont notamment joué en Europe et assuré les premières parties de groupes comme NOFX, Green Day, Weezer, Foo Fighters et The Beaches.

L’album Hail Mary

À l’écoute attentive de Hail Mary, j’ai hoché de la tête à plusieurs reprises. Les mélodies sont accrocheuses, malgré le ton revendicateur et girl power qui traverse l’album. Derrière ce son « bonbon » se cachent d’ailleurs des textes parfois beaucoup plus sérieux. Les textes abordent notamment les inégalités de genre, la charge mentale et le besoin de s’affranchir de certaines attentes.

Pour ce troisième album, Les Shirley ont confié la production et le mixage à Graham Walsh, qui a également travaillé avec des groupes comme Metz, Bully, July Talk, Sam Roberts Band et Holy Fuck. Le mastering a quant à lui été réalisé par Justin Perkins, dont le parcours comprend notamment des collaborations avec The B-52s, Carly Rae Jepsen, The Replacements, New Kids on the Block, Screeching Weasel et The Gaslight Anthem.

Maintenant que la table est mise, voici ce que Les Shirley avaient à me dire à propos de Hail Mary.

L’entrevue

Bonjour Les Shirley. Merci de prendre le temps de répondre à nos questions entourant la sortie de Hail Mary, le 25 septembre 2026.

1. Avec Hail Mary qui arrive après toutes ces années, plusieurs tournées européennes et de nouvelles rencontres, qu’est-ce que vous avez l’impression d’avoir franchi comme étape dans l’histoire du groupe ?

Après toutes ces étapes, nous avons enfin l’impression d’avoir des bases solides pour construire quelque chose qui nous ressemble de plus en plus. Que ce soit au niveau des sonorités, des prises de position, de l’esthétique ou de nos carrières en tant que musiciennes, nous sentons que nous avons enfin atteint un autre palier. Nous nous assumons enfin pleinement.

2. Vous dites que Hail Mary est le premier album où vous avez vraiment trouvé votre son. Parlez-moi du moment où vous vous êtes dit : « OK, ça, c’est Les Shirley » ?

C’était vraiment lors de la sélection finale des 12 démos, juste avant d’aller enregistrer les versions finales à Toronto. Ce sentiment s’est confirmé avec le choix du réalisateur Graham Walsh et des prises de son en studio. Tout allait dans le même sens !

3. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous vous êtes permis de dire (clairement ou indirectement) sur cet album que vous n’auriez pas osé faire il y a cinq ans ?

Ouf, tellement de choses. C’est notre premier album qui est aussi engagé et politique, tant par les textes que par les intentions. Il y avait comme un trop-plein, une rage qui avait besoin d’être extériorisée et mise en musique. Il y a aussi une volonté de prendre position clairement sur des enjeux qui nous tiennent à cœur. La neutralité n’est plus une option pour nous. Nous avons une tribune et le devoir de faire de la représentation.

4. Vous avez confié la production et le mixage à Graham Walsh, tandis que le mastering a été fait par Justin Perkins. Vous avez maintenant une équipe autour de vous pour la sortie de l’album, alors qu’auparavant, vous avez plus « wingé » les choses. Qu’est-ce que cette collaboration a apporté à l’album que vous n’auriez pas nécessairement pu obtenir en restant dans l’esprit DIY ?

Juste pour clarifier, on n’a jamais « wingé » nos albums (ahah). Sauf peut-être le premier EP qui était vraiment DIY et fait dans un contexte très punk dans un crack house du Mile-End. Les deux albums suivants sont également DIY, dans le sens où on était indépendantes et que nous prenions toutes les décisions autant artistiques que financières. On s’est toujours assurées de s’entourer d’une équipe béton, choisie à la carte, tout en gardant les rênes.

Ce qui a changé avec ce nouvel album, c’est la signature chez Ambiances Ambiguës, la cogérance de Fred Poulin et Eva Rölen et la co-réal de Graham Walsh. Ça nous permet de maintenant partager la charge mentale, les risques et les tâches à accomplir dans le day to day. Ça renforce aussi notre vision d’ensemble autant artistique, logistique, démarchage, etc.

5. Le 26 août dernier, vous avez sorti le single Bad News, que l’on retrouve sur votre nouvel album. Qu’est-ce que vous avez cherché à dénoncer à travers les paroles « pop culture sold us a dream, I swear » et « silence is violence, don’t take my voice away » ?

Cette chanson exprime la dissonance cognitive d’une génération (la nôtre) qui s’est fait vendre du rêve. Le rêve américain, le fameux « garde tes portes ouvertes », « avec un BAC, tu vas avoir du travail », les relations amoureuses sont faciles, tout va bien aller, tout est beau dans le monde de Disney et de ribambelles, etc. Pourtant, aujourd’hui, c’est la désillusion avec les réseaux sociaux qui nous renvoie une bien triste image de notre monde et un flot constant de mauvaises nouvelles. Il est parfois difficile de rester positif dans tout ce bruit. Les droits humains sont menacés partout sur la planète, ce qu’on croyait « acquis » quand on était plus jeune peut changer en un instant. Nous devons donc être plus « vocal » que jamais et prendre position, nous regrouper.

6. Gabe La Rue a collaboré sur la piste Born a Man à la guitare. On y entend « If I was born a man, I could be/do anything ». À quel moment avez-vous su que c’était le bon morceau pour inviter une autre artiste à entrer dans l’univers spécifique de cette chanson ?

Cette collaboration est arrivée naturellement. Elle était présente lors d’un chalet entre amis où nous travaillions sur de nouvelles maquettes. Son style de playing plus 80s fittait très bien dans ce solo.

7. D’ailleurs, dans Jenny Please, on sent un désir de se pousser des responsabilités, de fuir la fameuse charge mentale qui est plus souvent portée par les femmes. Qu’est-ce qui vous a amenées à aborder ce sujet sur Hail Mary ?

Jenny représente un peu une génération qui essaie de joindre les deux bouts avec des responsabilités qui dépassent parfois leurs capacités. Dans la chanson, on parle d’une jeune mère monoparentale de 25 ans, mais ça peut se coller à beaucoup de situations. Le bridge représente plutôt une dernière tentative de s’en sortir, un cri du cœur et non un réel abandon. En live, on crie, on s’époumone et ça touche beaucoup les gens.

8. Sur la piste Same Old, la mélodie et les paroles m’ont particulièrement touchée. C’est comme si j’étais épuisée, après avoir traversé un long combat, qui m’a laissé des cicatrices qui seront là à tout jamais. Est-ce que c’est un peu l’impact que vous vouliez avoir avec cette chanson ?

100 % ! Cette chanson a été inspirée par Gisèle Pélicot lorsqu’elle a décidé d’avoir un procès médiatisé « afin que la honte change de camp ». Il y a effectivement un trop-plein de violence, de féminicides et de misère liée au patriarcat. Notre féminisme crie. 

9. On sent, tout au long de votre album, un ton revendicateur et très « girl power ». Qu’est-ce qu’il nous reste à déconstruire pour les générations futures afin que l’égalité des genres franchisse la ligne d’arrivée ?

On ne prétend pas détenir la réponse, mais ça passe par le respect d’autrui et par l’éducation. L’égalité nécessite une humilité et un ego death de la part de celleux qui ont plus de privilèges pour en donner aux autres. Notre réalité, en tant que femmes queer, est une parmi tant d’autres. Nous nous efforçons de faire de la représentation pour les causes qui nous tiennent à cœur. Ça commence par là, un geste à la fois.

10. Maintenant que vous avez trouvé votre son, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

Que la musique se rende aux oreilles des gens, qu’ils viennent aux spectacles ! Back to the roots baby !

Lancement officiel

Gracieuseté Les Shirley

Les Shirley feront leur lancement officiel à Québec le 13 novembre 2026, au Pantoum (billets : https://www.lepantoum.com/programmation/lesshirley). Pour Montréal, c’est le 19 novembre 2026 dans le cadre de M pour Montréal au Théâtre Plaza (billets : https://mpourmontreal.com/billetterie-festival/)

Rédaction : Jess Peach et Les Shirley

Correction : Jess Peach

Révision : Val Girard