Le punk n’est pas mort !
Publié le 28 Sep 2026 par Claudia Bo
La première fois que Subhumans envahissait mes oreilles, c’était il y a de cela environ 35 ans. Je sais, ça trahit mon âge un brin. Et pour une multitude de raisons, je n’avais jamais réussi à les voir en show. Je devais avoir environ 13 ans lorsque je peinturais à la main, avec de la peinture acrylique, leur logo à l’endos de ma « frok » de cuir, juste au-dessus de celui de Crass. « The Day the Country Die » résonnait dans mon Walkman jaune et, sans le savoir, ce band allait jeter les bases de ce qui constituera plus tard une bonne partie de mes valeurs.
Dignes rejetons de l’époque thatchérienne, ils se sont formés en 1980, tout d’abord sous le nom de Superhumans, avant d’être remarqués par un autre de mes groupes cultes, trop souvent sous-estimé : Flux of Pink Indians. Vétérans de la scène anarchopunk, ce style m’a toujours plu, tant pour le son très brut et sale que pour l’ensemble des messages qu’il véhicule. Près de 50 ans plus tard, rien n’a vraiment changé, pas même la fougue de Dick Lucas.
C’est donc du côté de Montréal, aux Foufounes Électriques, que cette partie de leur tournée se complétait en sol québécois.
Conflit Majeur
Y a-t-il une relève de la scène punk au Québec ? Poser la question, c’est y répondre. Et si vous n’en êtes pas entièrement convaincus, Conflit Majeur est là pour le prouver. Le band, qui roule depuis environ 2023, si je ne m’abuse, n’a certainement plus rien à prouver. Si certains osent encore dire qu’ils sont bons pour des jeunes, de grâce, arrêtez de dire ça. Ils sont bons, tight et talentueux, that’s it ! Je m’étais promis de ne pas arriver en retard pour ce band qui ouvrait cette soirée qui promettait d’être épique, et pour cause.
La salle des Foufs n’était pas pleine à craquer, mais agréablement bien remplie pour une première partie, avec un pit qui brassait déjà pas mal.

Trente minutes de punk rock pur et dur avec des thèmes qui garrochent, qui écorchent et qui accrochent.
Les gars sont sur scène comme des poissons dans l’eau, tellement ils dominent la scène. Comme le feraient des vétérans expérimentés de plusieurs années.
Mention spéciale à leur bassiste Thomas Bujold, qui, selon moi, est le bassiste qui domine le plus la scène, tous styles confondus. J’ignore si c’est un abus de Red Bull, mais damn, j’étais essoufflée juste de le voir tout fracasser.

Bad Waitress
Bad Waitress, quatuor féminin de Toronto, n’a plus rien à prouver depuis plusieurs années déjà. Peut-être un peu moins connues ici avant cette tournée, du moins, je n’en avais jamais entendu parler avant. Mais force est d’admettre qu’elles déménagent sur un méchant temps. Côté style, ça se promène entre le grunge Riot Grrrl des années 90 et le punk rock assumé, avec un son très actuel.

Excellentes musiciennes, avec une énergie percutante, là où j’ai peut-être eu un peu plus de misère, c’est lorsqu’il y a trop de changements de rythme. Rythmique erratique ou polyrythmie, je ne saurais dire, mais mon esprit cartésien a toujours un peu de misère avec cette structure.
Si, sur certaines pièces, je me disais « ah, c’est moins, mon genre », elle me rentrait carrément dedans au morceau suivant.
Récemment signé par Stomp Records, c’est certain qu’on n’a pas fini de les voir tourner dans la Belle Province.

Subhumans
Ça aura pris 35 ans avant que je ne puisse les voir. 35 ans ! C’est fou pareil. Pour mille raisons, chaque fois qu’ils passaient dans le coin depuis que j’ai quitté ma Côte-Nord natale, il y a presque un quart de siècle, il m’était impossible d’aller les voir. Et comme nous sommes à l’ère des « ça-risque-d’être-la-dernière-fois-qu’ils-viennent », parce que je suis vieille et qu’ils sont vieux, je me permets maintenant de mettre tout sur pause et de me dire YOLO : il n’y a rien qui va me faire manquer ça.
Et je ne regrette nullement cette décision.

Dès mon arrivée aux Foufs, l’ambiance était déjà survoltée. Plusieurs chums croisés sur le parquet de ce légendaire bar, ça ne pouvait être que le présage d’une soirée mémorable.
Une fois les deux premières parties passées, enfin le plat de résistance : Subhumans, les seuls et uniques.
Peu de groupes, selon moi, ont réussi à passer au travers de près de cinq décennies en conservant la même fougue et toute leur pertinence.
Dick Lucas, éternel adolescent qui ne semble avoir rien perdu de son énergie. Véritable génie de l’écriture, philosophe par sa moralité, il dégage l’intégrité que plusieurs semblent avoir perdue dans cette scène de plus en plus esthétique et parfois moins engagée.
Je ne suis pas restée jusqu’à la fin. La vieille dame que je suis a de plus en plus de misère avec les foules trop denses. Mais j’ai pu en voir suffisamment pour comprendre l’engouement pour cette tournée. Tout était parfait, magique et musicalement à la hauteur de mes attentes. Ces 35 ans d’attente en ont valu la peine.

Rédaction : Claudia Bo
Correction : Camille Charlebois
Révision : Val Girard

