Home Scène Canadienne Les Enfants de la peur fêtent les 10 ans de SCARE et d’Enfants Sauvages

Les Enfants de la peur fêtent les 10 ans de SCARE et d’Enfants Sauvages

Publié le 10 Déc 2025 par

Enfants sauvages et SCARE soulignent leurs 10 ans d’existence avec Easy Pain en ouverture au Pantoum de Québec. C’était le 30 Octobre dernier, soirée costumée en l’occasion de cette veille d’Halloween.

La nuit prend de plus en plus de place dans notre quotidien. La saison des cônes oranges, rappel des couleurs d’automne tirant à sa fin, se fait à peine sentir dans le centre-ville. En effet, un labyrinthe en construction nous sépare du stationnement plutôt difficile à repérer au lieu de l’évènement. Après quelques minutes de marche, on a, mon acolyte Quaker et moi, laissé tomber l’idée de rebrousser chemin chercher nos costumes oubliés dans l’auto. Ils étaient pourtant à portée de vue, mais trop loin pour deux gars motivés de se frayer un chemin, vers le Pantoum à travers les travaux publics bordéliques.

Après avoir fait le tour de la bâtisse et être tombés sur deux rassemblement totalement hors contexte, on tourne le coin du dernier espoir, pour enfin souffler devant l’exposition attendue : des punks dressés fièrement dans leurs costumes cauchemardesques aux portes du Pantoum d’où s’extirpait une épaisse brume.

Easy Pain : cri perçant consumant le brouillard

On entre dans le repaire des Enfants de la peur, un smog opaque a envahi les lieux. Clairement, quelqu’un ici abuse de la machine à fumée, laissant l’analyse des alentours dans une confusion consistante. Entre deux nuages, j’entrevois Luigi du jeux vidéo qui me tend une Pilsner mousseuse mais succulente.

J’ai peine à prendre une gorgée qu’une bruine perce le brouillard. Un son de distorsion tremble dans la vapeur, pendant que s’installent à leurs instruments trois druides vêtus de noir. Tandis qu’au micro, Kevin Martel arborait une toge noire avec, sur la tête, une taie d’oreiller en jute avec des trous percés pour les yeux. L’épouvantail dans Batman en habit de bal.

Le Band est un agencement bien choisi pour ouvrir la soirée costumée. Tout comme les deux groupes célébrés ce soir, Easy pain sont dans la catégorie « difficilement étiquettable« . Partagé entre le punk hardcore et le metalcore, avec leurs riffs brutaux, accompagnés par une voix criarde dont la puissance a repoussé le brouillard, on retrouvait enfin la vue. ça m’a permis de reconnaître Nicolas Turcotte au drum, également percussionniste pour Enfants Sauvage.

Le quatuor donne une puissante prestation. Leur titre Church Fight fut selon moi un moment fort de leur setlist. Ce groupe naissant des entrailles des Enfants de la peur représente un bon espoir pour la scène hardcore de la ville de Québec.

SCARE, défoulement pour l’âme

Le premier groupe à l’honneur ce soir prend place sur scène. Le chanteur, Phil NoFun, apparaît en costume de sorcier et sortit de son chapeau ses trois lapins armés de leur instrument, prêts à nous effrayer. SCARE un style musical intense et un son abrasif. Depuis 2015, le band de Québec, s’inspire des douleurs du quotidien pour ses textes, et sa musique corrosive libère la pression accumulée le temps d’un setlist. Phil l’a lui même souligné entre deux chansons : On a commencé à crier notre anxiété avec Enfants Sauvages il y a 10 ans, ça fait dix ans que je vous crie après.

Le band livre la marchandise back à back. Rapide intermède entre les tunes pour laisser le temps à Phil, en sueur, de se délester d’une couche de vêtement, le fil du micro entre les dents. Je me suis demandé s’il allait garder sa salopette jusqu’à la fin ou si on allait avoir un show intégral… mais non. Leur prestation nous garde sous une constante tension, les électrodes branchées sur les tympans jusqu’au point de rupture, SCARE nous tient et ne nous lâche pas.

Le chanteur ramène de Dieu sait où un escabeau pour l’installer au milieu du crowd, flatter un peu la boule disco, et nous donner l’occasion de se délecter de ce moment visuellement épique. Gab, à la guitare, donne une performance magistrale. Ce, en dépit du fait qu’à quelques reprises ses oreilles de lapin tombent devant les yeux. Elle n’a pas manquer une seule note à l’aveugle.

L’esprit doit prendre une pause après un tel acharnement. Pour citer un anonyme entendu à la sortie du Pantoum : Belzébuth, sors de ce bar. Je ne suis probablement pas le seul à avoir vider sa tank de Prestone lors de SCARE qui peut bien me crier dessus dix ans encore sans problème.

Enfants sauvages, la Madone et les ambassadeurs de la peur

Une tension se fait sentir dans la salle alors que les allumeuses cagoulées déploient leur garde pour créer l’ambiance propre à Enfants Sauvages. Le groupe s’installe sur scène, écharpes en bandoulière, tels de véritables ambassadeurs.

L’organisation du setlist est astucieuse et bien réfléchie. Six chansons des trois albums, présentées en trois actes, chacun entrecoupé d’un intermèdes ponctué d’une chanson de Madonna. Des covers de la Madone à la sauce piquante d’Enfants Sauvages.

Acte A : Material Girl crève ton cœur

Rox Arcand arrive sur scène dans une robe de princesse rose sous les airs de Material Girl. Le crowd est conquis par le charme de cette entrée toute en fantaisie. Les Allumeuses se prosternent et dansent autour de la chanteuse avec des masques de tigre en fourrure.


C’est un retour en arrière au son des chansons de leur premier album datant de 2018, Crève ton cœur. Enfants Sauvages présentent les titres Rien, Serpent ou Quoi. Par ailleurs, l’album fut enregistré live au Pantoum, ce qui en fait le meilleur endroit pour célébrer les dix ans d’existence du band.

Screenshot

Acte B : Arythmie like a Virgin

Rox réapparait cette fois au son de Like a Virgin en robe de mariée blanche. Je me suis caché le temps de m’assurer qu’elle ne lance aucun bouquet dans la foule. Enfants sauvages nous gâte vraiment avec ce spectacle monté pour tenir le public en haleine. Cet acte est dominé par les chansons de leur deuxième album, sorti en 2023. L’album Arythmie m’a par ailleurs fait connaitre le groupe et revient fréquemment hanter mon char lors des longues routes.

Acte C : Avant la mort like a prayer

Cette fois, Rox porte la classique petite robe noire lorsqu’elle s’agenouille sur la chanson Like a Prayer. Quand on y pense, il est un peu ironique d’être à genoux lorsqu’on comprend le double sens de la chanson… If you know, you know.

Cet acte met en scène le plus récent album sorti en mai, vingt titres listés à entendre avant la mort. C’est le manifeste d’un groupe de jeunes musiciens s’autoproclamant insolent aillant atteint la pleine maturité de son art. J’imagine que calquer le setlist au rythme de l’évolution du band était peut-être l’effet escompté.

Le rideau de la soirée tombe sur leur chanson Pavillon du ciel. C’est un bon moyen de nous amener au septième ciel avant de nous brûler les ailes. Sous le feu des projecteurs s’éteint un show d’Halloween qui fut du bonbon pour tous ceux qui étaient présents.

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Rédaction & Photo : Jerry Cherry

Correction et révision : Julie Fortin