
Les Goules poussent leur cri immortel et dévorent le CEM
Publié le 06 Jan 2026 par Patrice Belley
Les Goules est l’un de mes groupes québécois chouchou que je suis de près, depuis leurs débuts à 5 $ au bar de l’UQAC. À ma grande déception, elles se sont retirées de la vie publique il y a de cela cinq ans, c’était en fait leur dernière apparition sur une scène.
Quand j’ai vu leur comeback, spéculé entre les murs du CEM pour le vendredi 19 décembre à Chicoutimi-Nord, mon enthousiasme éclata. Premier stop, rodage, on start le bal des morts au Saguenay pour cette mini tournée de trois villes. Mon dernier rendez-vous avec ce type, Keith Kouna, est lors de son show en duo ici même.

CEM
Pot luck organisé avec la gang que nous sommes pour ce spectacle convoité, envié. J’ai en ma possession mon précieux billet, tant convoité dans la ville de Chicoutimi et je dirais même la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Suffisamment réchauffés, direction le CEM avant de n’être plus présentables.

Performance artistique
Lorsque je pénètre dans la salle, la première partie est déjà entamée, en cours de réalisation… Assurée par le comédien Christian Lapointe, qui fait la lecture d’un texte politique. Il est bon joueur avec les diverses intonations adéquates lors de la lecture de son épaisse pile de pages. Comme fond d’écran derrière lui c’est le livre Devenir Fachiste : ma thérapie de conversion, de Mark Fortier. C’est douteux !
Too much for me. Le samedi soir, après ma semaine de travail, je suis plus en mode « vidage » que « remplissage » de crâne. Discours, récital s’achève avec sa dernière phrase. Relâchement mental !
Le cash y rentre à grands coups d’claques
Billets de banque distribués à l’effigie de nos chères Goules. Cha-ching $$$

Les Goules
Il est 21 h 29, Les Goules sont là ! Je peux sentir leur odeur récalcitrante, puanteur assumée, se frayant un chemin à travers le peuple, ses disciples ici réunis. Chaque créature dressant bien haut, au bout de leurs bras meurtris, une relique scintillante d’une valeur inestimable.

Marche des corps inertes
Keith Kouna, quant à lui, brandit une perche au bout de laquelle pend une grappe de raisins. Se promenant, en imposant de manger le fruit interdit introduit direct dans yeule. Réchauffement initial démarré, elles sont ici pour se dégourdir les muscles affaissés.

Apparition sous plusieurs formes
Je reconnais mes démons chéris, déguisés en flamboyants personnages. Le batteur vêtu comme un joueur de football, deux travlos, un kilt… Un conte qui se poursuit avec la venue des autres êtres d’outre-tombe.




Introduction sur un high
Les premiers grincements, lamentations et perversions s’initient avec Taupe. Première chanson en cours, la table est mise pour un buffet répugnant. Monsieur Kouna se laisse tomber en position bodysurfing, parcourt le sommet de la foule. De retour sur ses jambes comme un bonhomme à ressort.

Disgrâce
Bouddha retentit bien fort, les vampires femelles s’expriment. Deux bonhommes dummies gonflés surgissent sur le stage. Danses obscènes, coït interrompu par le lancée menant au plongeon des poupées gonflables ainsi projetées.

Crocs à planter
« Chu assoiffé, j’ai soif. »

Un service de shooters est avancé, rassasiant temporairement les cadavres debout sur leurs jarrets osseux. Soirée arrosée attendue et bienfaisante, bénéfique pour la santé mentale en cette fin d’année.

J’entends Piranhas sortir de sa sale mâchoire et des autres membres squelettiques, caressant les terribles instruments du diable. Peluche géante d’un saumon éjecté de son cours d’eau, se jetant, branchies et tête première, parmi la vague humaine.
« Oh toi le matelot ». J’aperçois à l’horizon un canot volant mené par un capitaine à la casquette blanche, naviguant sur la vague humaine.

Il neige
« Coat de cuir ! » Plateaux de poudre offerts en premier lieu aux Goules.

Ensuite, les lignes restantes aux amateurs de musique monstrueuse, qui les vénèrent.

Au prix que le gaz est
« On est en rodage. » Deux Mexicains se joignent à la fête goulienne, équipés d’un bidon d’essence avec un déversoir. « Ça d’l’air bon ça. Hum, merci ! » Ils le déversent avec générosité dans la gueule des desséchés, qui avalent l’alcool ou autre liquide euphorique.

Cimetière chicoutimien
Au tour de deux « unis cornues » arrivant à grands pas. Mythes et légendes entrecroisent notre regard, perception en cette sombre nuit. « Chicoutimi du calisse ! »

Les Goules commencent à s’y plaire dans cette caverne infecte et morbide, leur sanctuaire en devenir.

Mise à nu
La prochaine interprétation amène un illuminé sur la scène. Il se réchauffe grossièrement pour accomplir une prouesse sensuelle. Jouer du clavier avec ses testicules, nouvellement sortis de ses culottes. Frappant les notes justes pour l’émission de la sonorité désirée et réussie.

Slam par-ci, slam par-là
« Souris, montre-moi ton fétiche ! » Je suis déchainé avec ce retour de mon groupe adoré Les Goules. Dans le cœur de l’action depuis l’amorce, et ce, jusqu’à la fin des rappels. Ça fait du bien de brasser, se défouler gentiment.

Pluie surprenante
Je reçois un projectile. Qu’est-ce que c’est ? Oh, un masque de poulet que j’enfile aussitôt, même s’il est suinteux et légèrement détrempé. Je continue à sauter comme une volaille affolée.

Gramme de mush
Nous sommes rendus à la célèbre Crabe. « Enchanté, enchanté, j’vous présente… » Tant de voix qui la chantent à poumons déployés à se rompre. C’est bon, joyeux. Sourire garanti sur toutes les lèvres. Ville manquait cruellement à l’appel, au rendez-vous des succès. Je la chante avec candeur et satisfaction.


Réanimation
Légère pause avant l’accomplissement du rappel. Dimanche et Pendaison sont les entrées de leur dernière offrande choquante. Nous les absorbons comme l’un de nos derniers souffles. J’ai l’impression de me faire manger les tripes à vif, les goules décodent mon âme. « Ch’t’un biker Pont-Rouge panache. » Je l’attendais ce fabuleux hymne aux prêcheurs des ténèbres chevauchant leur bécane infernale.

Pierres tombales
Des masques de squelette à la mexicaine pour conclure cette mascarade mortellement efficace. Sur le sol repose le parchemin des parjures récités par ces vivants déterrés, libérés de leur sommeil pour se mobiliser vers leurs fans. S’en retournent vers les sinistres ruelles de Montréal afin de retrouver leur confortable pénombre.

De retour vers la lumière
Les Goules sont bel et bien ressuscitées, bien qu’elles ne soient jamais réellement décédées. Mon cadeau musical avant Noël était parfait. Au CEM, je suis toujours accueilli comme dans ma famille.
T-shirt extrêmement trempé. Je peux même vous partager que le lendemain, en après-midi, il était encore dans le même état, noyé. Je m’en retourne avec un billet de banque à l’effigie des Goules et un masque de poulet mouillé, souillé.
Rédacteur : Patrice Belley
Crédit-photo : Annie Freska
Correction : Val Girard
Révision : Marie-Eve Landry

