
Trigénération de pop punk – Buzzcocks et ses Descendents
Publié le 08 Sep 2025 par Jerry Cherry

Tel un punk solitaire, je prends la route du soleil couchant. Je m’aventure à la fin d’un shift sur les routes sinueuses en perpétuels travaux de Bécancour à Québec, direction le théâtre du Capitole. Comment espérer une salle plus emblématique, s’harmonisant parfaitement avec les groupes de la soirée ?
Le théâtre du Capitole, inauguré en 1903, est l’unique survivant des théâtres fastueux de cette époque. Classé au Patrimoine National en 1984, l’endroit est idéal pour accueillir ces pionniers, monuments du mouvement pop-punk. Buzzcocks représente les britanniques et Descendents les Américains. Ne connaissant pas MattstaGraham de l’Arizona, mes recherches m’ont conduit sur leur Bandcamp. Mon écoute a alimenté ma curiosité. Leur son semble être un bon exemple de la nouvelle génération pop-punk. Mes impressions, comme ce groupe, sont… à suivre.
Dès le seuil du Capitole franchi, personne ne peut rester indifférent à l’architecture des lieux. Accueilli par un escalier colossal, que même un quidam dévalerait avec grâce et style, il est entouré à sa base par les tables invitantes « merch ». En fait, vu le cachet d’époque du bâtiment, on se sent issu de la haute bourgeoisie, même vêtu d’un vieux t-shirt troué et usé à la corde.
MattstaGraham, un nom qu’on n’oublie pas (surtout après avoir vérifié l’orthographe sept fois !)
MattstaGraham s’accapare la scène avec une redoutable énergie, palpable jusqu’au fond de la salle. Déjà, on sent le public conquis. Dès le début de la première chanson, on s’imprègne des mélodies harmonieuses propres au pop-punk. Cela laisse entrevoir la soirée déjantée qui nous pend au nez. Même à la première écoute, les pistes sont captivantes, agrémentées de back vocals très bien dosés.

Naturellement, le groupe est bien choisi pour représenter la relève actuelle. MattstaGraham est idéal pour accompagner et représenter l’influence des deux pionniers qui lui succèderont dans la soirée. Matt et Nica (voix) donnent une représentation sensationnelle ; ils prennent possession du stage. Le chanteur s’imprègne d’un bain de foule spontanément, sa prestance est flagrante et le public accueille sa fougue sans hésiter. En fait, j’ai profité de chaque instant de leur setlist, avec une attention soutenue, et je fus surpris de mon propre intérêt pour ce band qui m’était inconnu. C’est clairement un groupe à découvrir et à suivre.
Buzzcocks – L’emprise britannique débarque
L’attente avant un groupe à multiples saveurs. À mon humble avis, rien n’égale l’anticipation ressentie avant la prestation attendue d’un groupe qu’on affectionne.
D’ailleurs, Buzzcocks est considéré comme précurseur du style pop-punk, avec son mélange de mélodies accrocheuses inspirées de la pop britannique (The Beatles, The Kinks, The Who, etc.), incorporées à l’énergie du punk et à son minimalisme. Buzzcocks a d’ailleurs longtemps partagé la scène avec les premiers groupes punk (Sex Pistols, The Clash, etc.). Les cris résonnent dans le théâtre dès l’entrée de ces vétérans. Steve Diggle (guitare-chant) entre enfin sous le rythme répété des musiciens. Il rayonne dans son habit blanc flamboyant, avec son air ravi. Il semble aussi heureux de nous voir qu’on pourrait possiblement l’être. Ça, pis voir d’la famille que ça fait longtemps que t’as pas vu, c’est pareil. Pour s’accompagner durant l’introduction, il sort un harmonica…Tout pour me ravir.

Aussitôt l’harmonica déposé, il est clair dans mon esprit que je ne serai pas déçu de m’être déplacé un mercredi soir, lorsque j’entends l’incontournable What do I get. Au premier refrain, les membres du groupe ont dû se résigner : le chant des back vocals était désormais passé entre les mains du public. Dès lors, Buzzcocks était accompagné d’une chorale improvisée, au sommet de son Art.
Lorsque j’écris ces lignes quelques jours plus tard, je pense aux murs du Capitole, qui doivent encore se remettre de cette performance. Une guitare cristalline, une basse humble mais ambitieuse et un jeu de cymbales soutenu aux drums, c’est une recette gagnante à l’épreuve du temps.
Descendents – Wall of fans
Entre deux, une envie pressante me force à monter à la salle des porcelaines en gambadant dans les escaliers. Je me dépêche évidemment de retourner à la salle quand j’entends la foule se réjouir de bon cœur. Malheureusement, je dois me résigner à rester en retrait. En effet, toute la populace s’est compactée pour être le plus près possible de l’action qui vient de débuter, et je me bute alors à une muraille de gens.
Descendents, groupe mythique, a été le premier à intégrer des sonorités pop au style punk aux États-Unis. De ce fait, ils sont fortement admirés pour leurs performances intenses et leur écriture complexe. J’ai principalement tendu l’oreille pour ne manquer aucune des paroles très inspirées de Milo. Je me suis même demandé comment sa voix résistait aux ravages du temps. Ses prouesses vocales n’ont pas perdu un iota de leur forme originelle. J’ai eu la chance d’assister à l’incroyable représentation solo de Milo Aukerman, au Vieux-Port de Chicoutimi à l’occasion du festival des bières, en 2023.

Oui, une photo en descendant, je me trouvais drôle
Il est impossible de faire le décompte des voix qui suivent le chant de Milo au diapason ; les fans chantent avec une exactitude admirable. Tout au long du spectacle, Milo partage son micro à maintes reprises avec les spectateurs placés en première ligne.
Ce n’est pas sans raison que Descendents soient adoré de leurs fans. Leurs airs qu’on se remémore d’un rapide fredonnement et leurs lyrics réfléchis toujours agréables à écouter ou réécouter. Le band donne des représentations remplies d’une vigueur plus qu’efficace, qui ne laisse aucune place à l’hésitation quand il se présente sur nos planches.
Trois générations de groupes pop-punk réunies dans l’enceinte de ce théâtre classé trésor national, ma mémoire chérira longtemps cette soirée d’anthologie.
Rédaction et photographie : Jerry Cherry
Correction : Val Girard
Révision : Julie Fortin

