
Un Mundo en Demencia : le punk/hardcore de Maldita et ses invités
Publié le 14 Oct 2025 par Eddy H. Chavaudret

Malgré la trentaine de degrés Celsius inhabituelle pour une journée du mois d’octobre, une trentaine de punks se sont regroupés au Dominion Tavern d’Ottawa le dimanche 5 octobre 2025. Les quelques amateurs de musique anarchiste sont venus encourager deux groupes ontariens : Skrout et Maldita. Sans oublier la surprise américaine annoncée la veille : Houston and the Dirty Rats.
Les gens parlaient et buvaient dès l’ouverture des portes vers 20 heures. Dans les alentours de 20 heures 20, j’ai accosté Rosa, la chanteuse péruvienne de Maldita, pour m’entretenir avec elle. Elle invita le guitariste, Matt, à se joindre à nous, ce qu’il fit sans hésiter. Nous allâmes nous cacher dans l’arrière-cour couverte du bar pour faire la très brève interview. Je leur demandai d’abord la signification de Maldita; la traduction française du mot espagnol serait « damnée » ou « maudite ». La moitié des titres joués ce soir-là font partie de leur dernier album Un Mundo en Demencia. Celui-ci est sorti en octobre 2025 sur Cursed Blessings Records de Toronto et Phobia Records de République tchèque. L’album discute de la situation mondiale d’aujourd’hui et de la répétition des mêmes erreurs de l’humanité. Une autre tournée devrait avoir lieu à la fin de cet hiver en support à la réalisation du disque.
Dès la minute où nous rentrâmes dans le bar, Skrout commença son set avec une musique hardcore sans précédent.
SKROUT



Le temps que le public rentre, la première tune était déjà presque finie. Il faut dire qu’aucune de ses chansons ne dépasse 1 minute 45 et que plus de la moitié n’atteint pas la minute. Pour passer le peu de temps qu’il a à gueuler, le chanteur, propriétaire de Broken Skull Records, se promenait en faisant les cent pas devant la scène, en se battant avec son fil trop court. La seule pause du spectacle fut pour annoncer les deux autres groupes aussi présents à la soirée, sans jamais mentionner le nom du sien. Entre deux titres hardcore bien bourrins, le batteur crie « 1, 2, 3, 4 » à la Ramones, mais bien plus rapide pour garder le rythme impétueux de la musique.
Alors que je me promenais pour prendre des photos en prévision de l’écriture de cet article, j’aperçus un jeune homme énergique à l’allure sympathique qui était le seul à bouger dans le pit. J’ai donc décidé de m’y frotter le temps d’un microsillon. Malgré mon intention de raviver un peu la place, je m’avançai un peu trop rapidement et lui mis plutôt un coup de boule… Heureusement, rien de grave. Nous avons donc continuer notre danse alors que le band ottavien arrivait à la moitié de son set bruyant. (Désolé l’inconnu pour le coup de tête, si tu lis un jour cet article.)
Comme j’ai déjà mentionné, les titres du groupe d’Ottawa sont tellement courts que le terminus auditif se fit entendre sans crier gare par un simple « Thank you ». Une quinzaine de minutes pour une douzaine de morceaux. Court, mais extrêmement efficace pour débuter un show.
MALDITA




Après une pause presque aussi longue que la performance de Skrout, la tête d’affiche originale fait son entrée sur le stage, c’est-à-dire le quatuor torontois formé en 2017, Maldita. Le vocal féminin n’était malheureusement pas suffisamment audible pour une partie du spectacle. De plus, lors du premier morceau, une autre chanson qui jouait en arrière-plan interférait. Le problème a été réglé pendant que Rosa évoquait un problème avec leur voiture en arrivant à Ottawa. Odio, une de leurs nouvelles chansons, débuta tout de suite après. Ils enchaînèrent ensuite avec le hit Carne de leur album Maldita de mars 2022. Ils passèrent par la suite à une seconde nouveauté avec le titre Demencia.
La fin me percuta trop vite lorsque Rosa annonça qu’il ne restait plus que deux morceaux. Le premier était Tres Siglos, une chanson très rapide. Je remarquai qu’un verre de bière tremblotait autant que l’ampli sur lequel il était posé, lorsque terminait le groupe avec Trabajo. Ce titre signifiant « travail » en français est donc une chanson pertinente pour conclure un dimanche et le retour laborieux du lundi matin.
Mais le spectacle n’était pas fini, comme prévu puisqu’il restait encore le groupe surprise.
HOUSTON AND THE DIRTY RATS



Si je n’étais pas allé écouter un peu de sa musique avant d’aller au concert, je dois avouer que le look du trio américain de Houston and the Dirty Rats m’aurait plutôt fait pencher vers l’idée d’une musique hippie. Chemise à fleurs, chapeau autour duquel un bandeau est enroulé et collier de perles pour le guitariste-chanteur nommé Houston, chemise à champignon pour le bassiste, Gerard. Avant de débuter, alors qu’ils avaient des problèmes de son, Gerard sentit son micro… Voilà une drôle d’habitude qu’il nous a confiée avant que les musiciens se présentent comme le groupe comique de la soirée.
Malgré leur dégaine et ce rituel unique, leur prestation commença et ils nous balancèrent du punk mélodique comme je n’ai pas l’habitude d’en écouter. À leur seconde chanson, le chanteur laisse soudainement pendre à son cou sa guitare pour agripper son micro. Lors de la suivante, le type à qui j’ai donné un coup de tête accidentel est accompagné par Rosa et une autre personne dans le mini pogo. S’ensuit une rare disposition pour une splendide interprétation de The Wolf : Houston plaça son pied de micro hors de la scène et y chanta.
Après s’être démenés une demi-heure, ils ont collectivement pris une légère pause. Je fus ensuite étonné d’entendre un riff reggae entrecoupé par un refrain punk fort sympathique. On comprit que Gerard eut une grande faim lors d’un interlude où il déclara « I like food – Food tastes good ». Il chantonna aussi l’hymne de McDonald’s. Il a maintenant peur de devoir payer 500 $ pour l’avoir chantée sans la permission du fameux restaurant !



La chanson, je crois, la plus rapide de la nuit a étonnamment été jouée par le groupe le plus calme. La jovialité est tout de même restée au rendez-vous quand le trio du New Jersey a demandé à la microfoule si elle désirait une tune « Fast or slow? » et que le barman, du fond de la salle, s’exclama « Fast as fuck! ». On a donc eu le droit à un contraste de rapidité, le temps de deux titres. Le batteur, Felix, a poursuivi avec un beau « Go Sens » en hommage à l’équipe de hockey des Sénateurs d’Ottawa. Avant de recommencer, le guitariste chanta la ligne « Can you take me higher » de Creed. Sinon, le bassiste avait définitivement faim : il a fait référence à du gabagool, du capicollo, que le barman semblait être le seul à connaitre.
Houston and the Dirty Rats ont clos le show en incitant la quinzaine de punks restants à monter sur scène pour chanter une dernière fois avec eux. Les boute-en-train imprévus et imprévisibles, mais excellents, sont donc partis en laissant un sourire aux lèvres des personnes qui restaient encore sur place.
En bref, l’évènement était super, diversifié et amusant par moment. Un point décevant persiste cependant : il n’y avait déjà pas grand monde au début et il y en a eu de moins en moins au fur et à mesure que la soirée avançait.
Je pose donc cette question aux gens de ma région : où sont les punks de l’Outaouais tabarnac ?!
Pour encourager les trois groupes de la soirée :
Skrout : HUMAN WORLD | SKROUT
Maldita : Un Mundo En Demencia | MALDITA
Houston and the Dirty Rats : RAT EP | Houston & The Dirty Rats
Crédits :
Rédaction : Eddy H. Chavaudret
Crédit-photo : Dizz Hupé (photos de bonne qualité pour Skrout et Maldita) et Eddy H. Chavaudret (reste)
Correction : Valérie Lapierre
Révision : Julie Fortin

