
La 37e nuit des sans-abri | 16 octobre 2026
Publié le 19 Sep 2026 par Claudia Bo
Le 16 octobre prochain se déroulera la Nuit des sans-abri dans plusieurs villes du Québec. Pour l’occasion, nous nous entretenons avec Nicolas Quirion, directeur général de Plein Milieu.
Salut Nicolas et merci d’avoir accepté notre entrevue. Tout d’abord, peux-tu nous expliquer ce qu’est Plein Milieu et en quoi consiste votre mission ?
Salut ! Merci pour l’entrevue ! Plein Milieu est un organisme communautaire basé sur Le Plateau-Mont-Royal, dédié à bâtir des relations de confiance avec les personnes utilisant des drogues, en situation d’itinérance ou à risque de l’être, ainsi qu’avec les jeunes de 12 ans et plus. La présence de nos équipes prend différentes formes : du travail de milieu, du travail de rue, du support à l’accès au logement, du travail de médiation entre les personnes en situation d’itinérance et la communauté dans laquelle elles vivent, un site fixe d’accès au matériel de consommation et de la protection sécuritaire.

Plein Milieu est profondément ancré dans Le Plateau-Mont-Royal. Comment la situation de l’itinérance a-t-elle évolué dans le quartier au cours des dernières années ?
Le nombre de personnes en situation d’itinérance a beaucoup augmenté. On constate de plus en plus de personnes en campement, mais il y a aussi beaucoup de personnes en situation d’itinérance cachée, c’est-à-dire qui sont hébergées de façon temporaire par des proches, de la famille, des amis (sur un divan) ou dans des endroits de fortune (voiture, motel).
Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus actuellement sur le terrain ?
Je suis inquiet de la croissance du nombre de personnes en situation d’itinérance, du manque de logement social, de l’accessibilité aux services essentiels, d’une absence de droit à un revenu décent, des sorties des jeunes des centres jeunesse, de la crise des surdoses, etc.
On parle beaucoup de « crise de l’itinérance ». Est-ce que cette expression correspond à ce que vous observez quotidiennement ? Comment la situation est-elle passée à cet état de « crise » permanente en quelques années ?
L’augmentation du nombre de personnes en situation d’itinérance démontre que c’est effectivement une crise. L’itinérance touche de plus en plus de femmes, d’aînés, de personnes luttant contre des détresses psychologiques, de personnes de la diversité de genre et de personnes de la communauté autochtone. Nous observons aussi une saturation chronique des ressources d’urgence. Il y a donc des défaillances systémiques à corriger dans notre société.

Diriez-vous que les instances politiques sont réellement interpellées par la situation ?
Pendant la campagne électorale provinciale, les partis politiques ont nommé vouloir s’engager dans un sommet sur l’itinérance. Par contre, au-delà des grands rassemblements, il faudra vraiment mettre des actions en place. Le parti politique qui sera élu pourra s’appuyer, dès le premier jour, sur la déclaration commune issue des derniers États généraux de l’itinérance.
Cette année, la Nuit des sans-abri sur le Plateau prendra la forme d’un véritable show. Pourquoi ce choix ?
Il y aura des activités un peu partout au Québec. À Montréal, on fait une approche différente cette année : il y aura une grande marche de solidarité le 16 octobre en après-midi, à 13 h, au Square Sir-George-Étienne-Cartier. Le soir, il y aura des activités gratuites dans plusieurs quartiers, sous différentes formes. Sur Le Plateau-Mont-Royal, on organise un GROS SHOW aux allures de festival, parce que ça permettra de rejoindre un grand nombre de personnes et parce que c’est l’fun de la musique live ! Aussi, ça permettra aux différents organismes communautaires de faire leur travail dans un contexte différent. En plus des bands, on y trouvera des kiosques des organismes, de la distribution de soupe et du café, de l’analyse de substance, etc. Ça va être malade !

Pourquoi était-il important pour vous que l’événement soit à la fois festif et profondément ancré dans la réalité des personnes concernées ? N’est-ce pas un peu contradictoire ?
Tsé, ça reste un show dans la grande famille du « punk ». C’est le rôle de ce style de musique de s’investir quand il y a des inégalités sociales ! Pour moi, avec ce qui se passe en ce moment, ça faisait tout son sens d’organiser ce show avec d’excellents bands qui veulent porter leur voix à la situation.
Quels préjugés sur l’itinérance aimeriez-vous particulièrement déconstruire ?
Ce n’est pas vrai que ce n’est qu’une question de « trouver un travail ». Il y a plusieurs personnes en situation d’itinérance qui occupent des emplois, mais dont leurs revenus ne suffisent souvent pas à payer les loyers actuels. De plus, il n’y a pas toujours une consommation de substance, mais s’il y a une dépendance, c’est souvent la conséquence de la rue et non la cause initiale. J’en profite pour souligner que la remise des clés d’un logement à une personne qui sort de la rue doit être accompagnée d’un soutien psychosocial ; l’offre d’un toit sans accompagnement est rarement un succès.
On entend souvent parler de chiffres et de statistiques lorsqu’on parle d’itinérance. Qu’est-ce qu’on ne comprend pas lorsqu’on se limite aux chiffres ?
Les données comme celles du dénombrement des personnes en situation d’itinérance ne reflètent pas réellement la situation, car ça n’inclut pas l’itinérance cachée ni certains lieux non dénombrés. Par contre, ça permet de mesurer une augmentation par rapport aux dénombrements précédents. C’est aussi important de rappeler qu’il y a des humains derrière ces « données ». Une personne en situation d’itinérance peut être une jeune qui sort d’un centre jeunesse, un locataire qui s’est fait évincer de son appart, un employé qui a perdu sa job, une personne qui a été victime de violence conjugale, etc.
Y a-t-il une idée reçue sur l’itinérance que vous aimeriez faire disparaître une fois pour toutes ?
Je vais juste répondre en disant que personne n’est à l’abri d’être en situation d’itinérance.
Cinq groupes seront sur scène : General Chaos, Capable!, Autre Part, Scarlet Wives et Videoville. Qu’est-ce que la musique apporte à un événement comme celui-ci ?
C’est vraiment beau de voir ces groupes s’investir dans le show du plateau de la Nuit des sans-abri. C’est pas mal des groupes reliés de près ou de loin à la grande famille du punk. Ça fait donc plein de sens de prendre l’énergie de cette musique et de remettre en question les structures qui produisent la précarité.
Qu’est-ce que vous espérez que les gens retiennent après avoir assisté aux spectacles ?
Il y aura probablement des personnes qui viendront au show pour voir leurs bands préférés, sans trop avoir d’info sur l’itinérance. Ce sera une excellente façon d’en apprendre sur la situation, d’être sensibilisé et de démystifier les préjugés tout en ayant un maudit bon show !
Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir malgré la situation actuelle ?
De voir les collaborations que nous avons avec des citoyens, des commerçants et des propriétaires de logements qui lèvent la main pour faire partie de la solution, donne de l’espoir qu’ensemble, nous pouvons renverser la tendance !
Si vous deviez convaincre quelqu’un de sortir de chez lui le 16 octobre pour venir pogoter, écouter de la musique et, en même temps réfléchir à l’itinérance, vous lui diriez quoi ?
Ce show est pour tout le monde ! Personne n’est à l’abri de l’itinérance, alors venez en apprendre davantage et démontrer votre appui. Vos bands préférés sont mobilisés à offrir un excellent show. Ensemble, rendons visible l’invisible !
Rédaction : Claudia Bo
Correction : Jess Peach
Révision : Val Girard

