
Tête d’affiche septembre 2026 | Charles Macadam
Publié le 01 Sep 2026 par Claudia Bo
Salut Charles et merci d’être notre tête d’affiche de septembre 2026. C’était tout naturel pour nous de t’avoir en entrevue dans le cadre de notre série de têtes d’affiche francophones pour le projet « Montréal, faites du bruit », organisé par les Francofolies de Montréal.
Pour ceux et celles qui ne te connaissent pas, c’est quoi Macadam ? Et d’où vient le nom de Macadam ? Référence à Macadam Massacre ?
Macadam a d’abord été un fanzine de 1994 à 1999. Durant cette période, il y avait une étiquette de disque du même nom, de la production de shows locaux et une émission de radio à CISM. Ensuite, en 2019, la production de shows a recommencé, mais cette fois-ci avec une saveur plus internationale. Puis, à ça s’est ajouté un bookzine sur la scène punk des années 90 et une boutique en ligne avec de la merch des groupes punk franco à la Bérurier Noir, Ludwig Von 88, OTH, Les Secrétaires Volantes… Pour le nom, Patrick (un ami avec qui j’ai commencé cette aventure) et moi étions de grands fans des Bérus, et donc oui, c’est directement lié à leur premier album Macadam Massacre. On a hésité avec Macadam Circus, mais on préférait l’aspect punché d’un seul mot. Le mot Macadam nous permettait de couvrir tout style de musique qu’on avait envie de couvrir : punk, ska et Oi. Ce sont toutes des musiques liées à la rue, donc Macadam marchait bien.

Si je ne me trompe pas, tu as commencé avec un fanzine il y a plusieurs années. Comment trouves-tu l’évolution de la scène et également des médias plus marginaux comparativement à tes débuts ?
Exact. On a commencé à travailler sur le projet de zine en 1993 pour sortir un premier numéro à 100 exemplaires en 1994. À cette époque, il y avait le zine Sang Frais du Québec (métal) et quelques autres d’Europe que tu pouvais trouver à la boutique L’Oblique. On était très loin de la popularité d’aujourd’hui, qu’on peut constater lors des Expozines à Montréal. Durant les années 90, c’était difficile de découvrir de nouveaux groupes et de trouver de l’information sur ceux-ci. À ce moment-là, on se tournait surtout vers les émissions de radio qui relayaient l’information et qui nous permettaient de découvrir les nouvelles importations et démos des groupes locaux. Pour les fans de punk franco, il y avait Comme un Boomerang à CKUT et Y’a d’la joie dans l’ghetto à CIBL. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et les différents sites web, tout est facilement accessible.
Tu as choisi d’œuvrer dans la scène punk uniquement francophone. Qu’est-ce qui explique ce choix ?
Disons que c’est à 90 % franco ! J’aime la sonorité. Le fait aussi que c’est proche de qui nous sommes. Sinon, même si c’est ok, je suis moins fan des groupes francophones qui chantent uniquement en anglais. Ça me fait penser à la chanson des Rock et Belles Oreilles « I want to pogne » ! Sinon, il y a un projet axé sur le punk anglo qui est en train de prendre forme. On s’en reparle !
Est-ce que tu écoutes du punk en anglais et, si oui, quels bands ?
Certainement ! Ça va du 80s UK Punk, aux classiques de la fin des années 70, à la Oi… : The Partisans, Cock Sparrer, Blitz, Oxymoron, Perkele, Ramones, Misfits… Sinon, du côté local, il y a Ripcordz, Me, Mom & Morgentaler… Puis les groupes plus actuels comme Amyl & The Sniffers ou Viagra Boys.
Quelles sont tes plus grandes influences ?
J’ai toujours eu un très grand respect pour la démarche des Bérurier Noir. Indépendant, festif, inclusif, un esprit minimaliste et punché…
Avec les années, ton rôle a beaucoup évolué : de fanzine à la production de spectacles et au booking. Est-ce que tu te considères davantage comme un promoteur, un archiviste, un passionné… ou un peu tout ça à la fois ?
Il y a eu animateur à la radio aussi ! On a pu entendre ma voix mielleuse à CISM, CKUT et CIBL 😉 Sans doute un mix de toutes ces options que vous avez énumérées. Ce qui prend la majorité de mon temps, c’est le booking et la portion merch avec macadam-shop.com.
Qu’est-ce qui te fait aujourd’hui décider qu’un groupe mérite ton attention et que tu veux travailler avec lui ?
D’abord, si j’ai un coup de cœur pour la musique ou les personnes. Ensuite, si j’ai l’impression que ça va intéresser les gens de les entendre ou de les voir sur scène. Là, on a un match !
Quel groupe francophone as-tu réussi à produire qui te rend le plus fier ?
Ce n’est pas encore arrivé, mais en octobre, Ludwig Von 88 sera ici pour 3 dates. C’est définitivement dans le top deux de mes groupes préférés de tous les temps ! Ça doit faire trois ou quatre ans que je cours après eux pour qu’ils viennent. Sinon, d’avoir présenté le premier show à vie de No Suicide Act à Montréal, avant même qu’ils en fassent un en France.
Tu es plutôt discret sur ton identité. Qu’est-ce qui justifie cette décision ?
Principalement parce que ça va de soi que c’est la musique, la vedette. Mon but, c’est d’inviter les gens à des événements ou à écouter certains groupes, et non de faire de ma personne une vedette. Il y a aussi le fait que depuis l’arrivée des « influenceurs » (mode que je trouve 95 % du temps très cheap), je ne veux surtout pas faire partie de ceux qui mettent de l’avant leur gros ego.
Tu fais partie de ceux qui documentent la scène depuis longtemps. Comme nous d’ailleurs, mais de manière fort différente. Est-ce que tu as l’impression qu’on est en train de préserver l’histoire du punk québécois, ou qu’une grande partie de cette mémoire est tranquillement en train de disparaître ?
Ce que j’aime du Bad Crew, c’est que vous allez chercher les groupes aux quatre coins du Québec et les documentez en faisant une présentation approfondie de chacun d’eux. Comme c’est sur le web, les archives s’écrivent d’elles-mêmes. Ce que JF fait avec « Montréal Concert Poster Archive » est très cool aussi. Il y a des tonnes d’affiches (beaucoup proviennent de shows punk) de différentes époques. C’est sûr qu’il y a des groupes et des périodes qui ne sont pas couverts. Par contre, il semble y avoir un projet mené par deux spécialistes de la scène punk d’ici qui veulent faire un livre. Si ça se fait, je suis convaincu que ce sera complet comme ouvrage.
Après toutes ces années, qu’est-ce qui te donne encore envie de continuer ?
Surtout les gens. C’est vraiment une scène où les gens s’entraident. Ça fait du bien à l’âme !
Est-ce qu’il y a encore quelque chose que tu aimerais accomplir avec Macadam que tu n’as pas encore fait ?
Oui ! Il y a plusieurs projets qui sont en train de se développer, qui, j’espère, vont aboutir. Ça me fera plaisir de les partager avec vous quand on sera prêts à annoncer le tout. Je peux dire déjà que, dans quelques semaines, il y aura une nouvelle version du site www.macadam-shop.com qui sera lancée, avec de la merch de nouveaux groupes.
Si tu pouvais remonter dans le temps et parler au Charles Macadam qui lançait son fanzine, qu’est-ce que tu lui dirais ?
Tu ne le croiras pas, mais tu vas chiller dans un Airbnb (ça Charles, c’est du monde qui loue leur appartement) avec Loran Béru et tu vas aller chercher François Béru à l’aéroport pour un show que tu organises avec son futur nouveau groupe !
Quelqu’un dans l’équipe qui aimerait savoir si un autre livre est à prévoir ?
Ce n’est pas dans les plans ! Le bookzine, c’était un projet pour occuper le temps durant la pandémie. Ça a été vraiment le fun de pouvoir contrôler le contenu et le contenant (je suis graphiste de formation). Ça a même gagné deux prix dans des concours de design graphique. J’ai l’impression d’avoir tout mis ce que je voulais mettre dedans. Là, c’est l’autre projet de livre dont je parlais un peu plus haut, que ce serait cool qu’il sorte. Je ne suis pas impliqué, mais je le lirais, ça c’est certain!
Rédaction : Claudia Bo et Charles Macadam
Correction : Jess Peach
Révision : Marie-Eve Landry

