
The Joe Evil Piano Show, l’empreinte de Grimskunk et Groovy Aardvark revisitée
Publié le 11 Mai 2025 par Patrice Belley
Joe Evil nous offre son projet solo Piano show au Côté-Cour. Il fait équipe avec Vincent Peake de Groovy Aardvark et, conjointement, de GrimSkunk. Ça fait depuis mon adolescence que j’écoute du GrimSkunk et c’est le groupe que j’ai vu le plus de fois en show de ma vie, mais Mononc’ Serge est sûrement bien près de les surclasser étant plus actif. Groovy Aardvark, que j’admire également, a bercé aussi ma jeunesse.
Tout ça pour dire que quand j’ai vu ce concept différent, hors de ma zone de confort et de ce que je connais déjà d’eux, j’ai automatiquement été attiré. Je vois des dates se pointer à Montréal et quelques villes aux alentours. Je me dis que cette tournée ne s’aventurera pas dans ma région. Ma demande incessante aux dieux musicaux a finalement été exaucée, pour le vendredi 25 avril.

On est ailleurs
L’œuvre, le legs de GrimSkunk ainsi que Groovy Aardvark exploités d’une autre manière. La promesse d’un bombardement de nos titres cajolés, livrés d’une autre manière à nos oreilles. Les deux frères du rock’n’roll ont aussi composé des nouveautés en s’inspirant des années 50.
Côté-Cour
Encore une fois, l’endroit tout indiqué pour recevoir une mise en scène d’une si grande envergure : le Côté-Cour.

À la verticale ou non
Un homme déstabilisé je suis, dès mon entrée à l’intérieur de la salle. Quelle fût ma stupéfaction de constater qu’il n’y a que des places assises : tables et chaises disposées partout, occupant tout l’espace. Ce n’est pas bien grave, il faut que j’assume aussi le chapeau de photographe ce soir, ce qui implique de se disposer debout et de se déplacer.

Un magicien
Le faiseur de miracles, c’est Sébastien, aussi l’organisateur de mon festival chéri Le Délüge. Comme vous l’avez certainement constaté, il y aura une septième édition en 2025. Malheureusement, ce sera pour une dernière virée.

Le Patro
Tout se déroulera au Patro de Jonquière. Avant que ne débute le spectacle tant attendu, le maître d’orchestre en a fait aussi l’annonce verbale sur la scène. Un discours teinté d’émotivité.

Piano Show time
Il est 20 heures 46, la luminosité s’intensifie, dévoilant l’arrivée de la paire inséparable. Apparence soignée pour les Messieurs, cheveux n’ayant jamais été autant bien placés, peignés et parés à faire rougir. En partant, ça fesse, ça contrevient à leur image publique traditionnelle.

Des chics types
Vincent Peake, premier arrivant vêtu d’une chic chemise rouge, se grimpe sur son tabouret de bar. Grim Joe emboite le pas dans les quelques secondes suivantes, le torse bombé couvert d’une blouse blanche, de la haute couture. Il prend place sur son banc l’attendant derrière son fidèle piano.

Vince se lance dans un tapping ressenti sur sa basse peu bruyante, déconnectée. Encore une jeunesse éclatante, il conservera à jamais son doigté irreproductible.
Joe Evil se joint à lui en cours de route musicale. Un piano moins violent qu’avec GrimSkunk, plus léger sur les touches. Il me fait penser à un Beethoven ou Chopin, bien nanti sur sa position. Le pianiste nous confie que c’est son rêve d’enfant de faire un spectacle dans le style d’un concerto, mais il a dévié de son destin vers le rock’n’roll. De 12 ans, il était âgé, lors de ce tournant majeur. S’ensuivirent ses balbutiements pour forger le son de GrimSkunk.


Le show se poursuit. Impressionné, je suis, par ces brutes de musique. Rien à leur épreuve, aucune limite. Je remarque que Vincent a deux basses. Par contre, je crois que la deuxième est son spare, car inutilisée, selon mes observations.

La sagesse incarnée
Niveau de concentration élevé exigé, ils sont sages. Verre d’eau à la main afin d’hydrater leur autre instrument de valeur, leur voix associée aux succès de Groovy Aardvark et de GrimSkunk. On se promène d’un répertoire à l’autre. Puis, l’incorporation d’une autre formation The Evil Five, dont ils sont tous les deux membres.

Cols repassés à en pointer le plafond, se trémoussant au jeu de la basse et du piano. J’apprends un autre détail omis : il y a deux sets interrompus par une intermission de 17 minutes. La dernière chanson de clôture du premier acte est plus reggae. Le duo en profite pour boire les téquilas reçues en cadeau d’une fan pendant leur performance.

Deuxième acte
21 heures 43 et la seconde partie prend toute la place. J’ai un feeling de déjà vu avec leur show unplugged à l’Église Saint-Roch de Québec, où j’étais présent. Un DVD en est ressorti. À écouter absolument, sans retenue. J’y entrevois des similitudes.

Joe Evil s’adresse à nous de nouveau, il a de la jasette à soir. Il nous explique que la prochaine décortiquée provient de l’album Fieldtrip. GrimSkunk ne la joue jamais.
Leur fibre artistique en ébullition, dans le tapis !

Watch me go
Des miettes de minutes plus tard, la toune Computer Screen est lancée. Bon beat apocalyptique avec un vocal composé de sons bizarroïdes, futuristes. On niaise pas avec la puck comme les Canadiens de Montréal, qui jouent présentement un match de séries crucial. Check-moi ben aller, la new version à laquelle j’adhère.

Soliste à vous
Solo de piano sans tache, intense, me pognant jusqu’au plus profond de ma poitrine. Tous les doigts de ses mains dansent sur les bandes blanches ou noires; c’est rapide et doux à la fois.

Rejetée
Vincent Peake en remercie Joe Evil. De répondre « Vous êtes bienvenus« . Vince reprend la parole pour initier sa création qui sera jouée dans l’immédiat. Toune qui n’a pas fait un album de GrimSkunk. À l’époque, elle n’avait pas de paroles. Se suffisant à elle-même, elle était donc instrumentale. Depuis le temps, il lui a ajouté du texte. Avec The Evil Five, elle sera un jour enregistrée. La conclusion de ce morceau; des applaudissements et une reconnaissance criée. Le prodige de répondre « C’est juste une guitare à quatre cordes« . Il caresse encore le rêve de rentrer à La Voix, ne comprenant pas leurs refus. Un clin d’œil de ma part s’impose !

À boire, aubergiste !
Joe Evil call deux shooters de vodka sur le stage. Vincent s’exclame « Moi aussi« : rire de la foule assuré. Il nous parle du répertoire d’un autre groupe qui est introduit dans leur setlist de la soirée : Vinc Peake Bass Show.

Puissance pure
Les deux musiciens se lèvent. Joe nous annonce que celle-là, il la chantera sans micro. Il beugle de toute son âme, prononciation distincte très forte. C’est magistral !

Deux chacun
Ils nous quittent et nous les réclamons à nouveau. Les deux Montréalais reviennent à leur poste pour un rappel, pour deux dernières promises. Un spectateur s’écrie « Deux chacun« , il a le sens de la répartie, un rappel suite au call des vodkas.

Laissons toute la place à Groovy
Y’a tu kelkun ? en version acoustique, comme toutes les dernières alignées. Première toune écrite en français dont Vincent est l’auteur pour Groovy Aardvark. Succès retentissant, elle a roulé sa bosse à la radio et dans les bars.
Le p’tit bonheur pour mon plus grand bonheur. Que de souvenirs reliés à ce hit. Une reprise, une réappropriation réussie. L’aiguille sonnant la fin se stoppe à 22 heures 25 sur l’horloge.

Cesseront-ils de nous surprendre ?
Une nuit électrisante, une expérience satisfaisante. Mise en scène sobre, ce qui est amplement suffisant pour balancer, laisser tout le terrain de jeu au talent des artistes. Jeu de lumière adéquat grâce à un technicien efficace.
Vincent Peake est définitivement, je ne le répéterai jamais assez, le meilleur bassiste du Québec. Pis vous me voyez venir, ben oui, Joe Evil, mon pianiste préféré, un solide dans sa catégorie.

Rédacteur : Patrice Belley
Crédit-photo : Patrice Belley
Correction : Valérie Lapierre
Révision : Julie Fortin

