
Métal cancéreux rouynorandien : Guhn Twei et son album lourd comme une mine d’arsenic
Publié le 11 Mar 2026 par Eddy H. Chavaudret

Pour le centenaire de la ville de Noranda le 11 mars 2026, Guhn Twei, le groupe québécois alliant hardcore, death metal et grindcore dans un alliage lourd tant par le son que par le sens, nous a concocté un analgésique auditif contre le vecteur de cancer nommé Glencore, sous-titré la fonderie Horne. Ce troisième album, Une ville, une mine, un cancer, explore des thèmes sombres autour du poison qui ronge la ville de Rouyn-Noranda, particulièrement dans le premier côté, Une ville, une mine…, tandis que le second, … un cancer, relate plutôt le côté humain derrière la maladie et la noirceur qui accompagne son porteur.
C’est Simon Turcotte qui a écrit les paroles de ces chansons remplies de (dés)espoir. Il est le bassiste et chanteur du groupe. Il est entouré de David Alisich-Bérubé à la guitare, Jeanne Perrin, également à la guitare et à la voix, et Étienne Pelchat à la batterie.
Lisez ici l’entrevue faite par Claudia Bo avec Simon pour découvrir davantage l’histoire derrière l’album et d’autres sujets liés au groupe.

Crédits malades
Le paysage hivernal du cimetière Notre-Dame de Rouyn-Noranda ainsi que les autres éléments visuels ont été peints par Juliette Lemieux. Slam Disques, le label qui s’autoproclame « un échec depuis 2002 » fondé par Jessy Fuchs (Rouge Pompier, ex-Exterio), s’occupe de la promotion et de la réalisation de ce disque. De son côté, Christian Donaldson, guitariste de Cryptopsy et ingénieur du son, a masterisé l’album. L’infographie est signée Jeanne, tandis que l’enregistrement et le mix sont l’oeuvre de David. L’ensemble des chansons a été enregistré entre décembre 2024 et janvier 2026 à La Punk House à Rouyn-Noranda.




Christian Donaldson (Crédit-photo : Paradox Visuals) et Guhn Twei à La Punk House (Crédit-photo : William Brière Daigle)
Critique essoufflée

Côté A : Une ville, une mine…
1. Ville fantôme, l’introduction de l’album, nous plonge d’emblée dans une atmosphère sombre et froide avec une mélodie perturbante à la basse suivie d’une guitare électrique clean. Simon expose la face sombre de leur ville dès la première distorsion du disque. Comme pour mieux nous faire comprendre la déchéance de la ville polluée et mourante, la chanson se termine avec une interférence sonore avant de brutalement se lancer dans les Coquerelles.
2. On retrouve notre Guhn Twei habituel avec Coquerelles. Le morceau frappe en pleine figure par le son grave des guitares et l’attaque des tambours de la batterie. Lors du refrain, Jeanne dit quelques mots en arrière-plan pendant que Simon gueule. Un breakdown growlé apparaît vers la fin : la lourdeur est au rendez-vous.
3. “Une mine empoisonneuse, une ville malade”, ces premières paroles d’Une ville, une mine, un cancer résument bien la bataille du groupe. S’ensuit un petit moment électro/industriel légèrement semblable à Parasite ou encore Infanticide qui débouche une nouvelle fois sur la voix de Jeanne et Simon. L’électro revient pour terminer la chanson.
4. Cette fois-ci, c’est Jeanne qui introduit les paroles “joyeuses” d’À bout de souffle. Du scream incompréhensible continue avec violence. Après un couplet et un interlude, le début est reproduit avant d’entendre la voix presque fantomatique de Marc-André Boucher, le chanteur invité de Barre à Clou, un autre groupe de Rouyn-Noranda, mais de stoner/sludge metal.
5. Un riff de guitare et des coups de cymbale débutent Culture du Silence. La lenteur et le son grave (ainsi que les paroles) du morceau relatent la censure dont le band a entre autres été victime. Malgré tout, ça donne le goût de danser, ou mosher, c’est selon. (Vous pouvez lire l’article de Charles Loco pour approfondir le sujet de la censure vécue par le groupe.)
6. Malgré la brève durée de 101 avenue Portelance, on s’en prend plein la gueule à son écoute.
7. Dans Les oiseaux vont mourir au Lac Osisko, Guhn Twei semble s’être donné le défi de faire une chanson puissante avec des riffs hypnotiques. Ils ont totalement réussi avec leurs couplets agressifs et une minute finale instrumentale envoûtante.

Côté B : … un cancer
8. Nous voilà au moment bien dépressif de l’album. Même si ce n’est pas un morceau rapide, la musique, le chant et le poème sont agressifs. La ligne “Je dormirai rendu à la morgue” donne une bonne idée du sujet avec le titre de la chanson, Neige noire, nuits blanches.
9. Le prochain titre est simplement un interlude de basse avec toujours autant de joie de vivre dans l’histoire narrée du Patient no.1852606.
10. Les riffs de guitare death metal et le son grave de la basse bien perceptible créent une atmosphère funeste digne de Doux souvenirs de l’abattoir. Froid comme une morgue, le chant de Jeanne rajoute une touche douce comme la faucheuse à 48 secondes.
11. Tel un sentiment d’alerte constant, Code blanc martèle sans cesse (ou presque) l’auditeur par la puissance de sa musique.
12. La tension monte en même temps qu’on avance dans la Phase terminale jusqu’à ce qu’on arrive au nec plus ultra, alias le breakdown de “La criss de paix”. S’ensuit la déchéance en slide de guitare distorsionnée, style doom metal, en guise de transition vers le terminus mortuaire de l’album.
13. L’intro à la guitare classique a été enregistrée par Simon avec son phone une nuit à proximité de la fonderie Horne. C’est donc le ronronnement malsain de la fonderie qu’on peut entendre en arrière-plan. Le prélude laisse par la suite place à un bruit assourdissant répété qui restera en fond presque jusqu’à la fin de la chanson comme un son constant après un Suicide collectif. Entre-temps, les guitares de David et Jeanne, la basse de Simon, la batterie d’Étienne, les chants de Jeanne, Simon et Philip Roy (chanteur invité de Scare et Bhatt) et des sons électroniques se réunissent pour clore de manière assommante, brutale, mutilante un album lourd, dénonciateur, sombre dont seul Guhn Twei est capable.

Après Glencorruption et Capital de l’arsenic, il est très probable que Guhn Twei soit une nouvelle fois couronné au GAMIQ pour l’Album metal de l’année pour une troisième participation consécutive. Chaque réalisation montre un rare talent francophone de la musique extrême québécoise en plus de dénoncer et militer contre un fléau cancérigène, insouciant, meurtrier et honteux.
Fuck Glencore
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Crédits :
Rédaction : Eddy H. Chavaudret
Correction : Jess Peach
Révision : Marie-Eve Landry

